
La protection et la restauration des écosystèmes naturels peuvent favoriser la sécurité nationale et respecter les engagements du Canada énoncés dans la nouvelle stratégie pour la nature.
Le premier ministre Mark Carney a récemment publié « Une force de la nature : la stratégie du Canada pour protéger la nature. » Il décrit une vision « qui protège, restaure et valorise la nature en tant que fondement de notre économie, de notre souveraineté et de notre bien-être, et qui joue un rôle de premier plan tant au niveau national qu’international afin de garantir des écosystèmes sains, des communautés résilientes et la prospérité pour les générations actuelles et futures ».
Quel est le lien entre l’engagement du gouvernement fédéral à protéger et à restaurer la nature et son engagement à renforcer la sécurité nationale dont on parle tant? C’est une bonne question.
« Une force de la nature » reconnaît que la nature « offre des moyens de défense essentiels. Les milieux humides absorbent le carbone et les excès de précipitations, les forêts préviennent l’érosion, et des écosystèmes sains atténuent les effets des phénomènes météorologiques extrêmes. Protéger la nature favorise l’emploi, la sécurité alimentaire et la compétitivité à long terme du Canada sur la scène internationale. »
Pourtant, lors des conversations fédérales sur la sécurité du Canada, les discussions portent sur les forces armées, sur le renforcement des prouesses militaires du Canada, et non sur les forces naturelles. Confirmant cette tendance, l’armée canadienne a connu son plus haut taux d’enrôlement en 30 ans.
Quel est le lien entre l’engagement du gouvernement fédéral à protéger et à restaurer la nature et son engagement à renforcer la sécurité nationale dont on parle tant?
Le rapport fédéral de 2024 « Notre Nord, fort et libre : Une vision renouvelée pour la défense du Canada » commence par un message du ministre de la Défense : « L’un des rôles les plus importants de tout gouvernement est de protéger son pays et sa population. Dans un monde qui évolue rapidement, nous nous engageons à assumer cette responsabilité essentielle. »
Entre autres défis, ce rapport reconnaît les menaces pour la sécurité posées par les changements climatiques, déclarant : « Notre Arctique se réchauffe quatre fois plus rapidement que la moyenne mondiale, ouvrant au monde la région qui était auparavant protégée toute l’année par la calotte polaire. D’ici 2050, l’océan Arctique pourrait devenir la route maritime la plus efficace entre l’Europe et l’Asie de l’Est. Nous constatons une plus grande activité de la Russie dans nos approches aériennes, et un nombre croissant de plateformes de surveillance et de navires chinois recueillent des données sur la région et effectuent la cartographie de la région. » Le premier ministre Carney a également publié un plan pour défendre le Nord.
Mais qu’en est-il de l’obligation du Canada de protéger les personnes vivant sur son territoire contre les effets des changements climatiques et de la perte de biodiversité qui menacent l’eau potable (pollution, plastiques), l’air que nous respirons (dégradation des forêts), les habitations (inondations et incendies) et les systèmes alimentaires (sécheresses, déclin des pollinisateurs)?
Il est possible de reconnaître que les changements climatiques et la dégradation de la nature sont des composants majeurs de la sécurité nationale.
Le gouvernement fédéral ne semble pas comprendre le lien qui existe entre la sécurité et la nécessité de freiner et d’inverser de la perte de nature; on perçoit une passivité incohérente lorsque les changements climatiques sont identifiés comme une menace. Oui, les changements climatiques sont déjà là. Mais cela ne veut pas dire que le gouvernement, qui a le pouvoir d’adopter des lois et des règlements, ne devrait pas faire tout ce qu’il peut pour limiter la pollution climatique actuelle et future qui exacerbera les menaces actuelles, plutôt que de construire des pipelines et d’approuver de nouveaux projets de gaz naturel liquéfié.
Il est possible de reconnaître que les changements climatiques et la dégradation de la nature sont des composants majeurs de la sécurité nationale, comme en témoigne l’évaluation de la sécurité nationale réalisée par le Royaume-Uni en 2026, « Global Biodiversity Loss, Ecosystem Collapse and National Security ». Sa prémisse est que « la nature est fondamentale pour la sécurité nationale. La perte de biodiversité met en péril les services écosystémiques dont dépendent les sociétés humaines, notamment l’eau, la nourriture, l’air pur et les ressources essentielles. Les effets comprennent de mauvaises récoltes, l’intensification des catastrophes naturelles et des épidémies de maladies infectieuses, des conflits au sein des pays et entre eux, l’instabilité politique et l’érosion de la prospérité économique internationale » (source en anglais).
Heureusement, le gouvernement fédéral peut faire d’une pierre deux coups : la protection et la restauration des écosystèmes naturels peuvent favoriser la sécurité nationale et respecter les engagements du Canada énoncés dans la nouvelle stratégie pour la nature.
Le Canada obtient une mention (dés)honorable dans l’évaluation du Royaume-Uni. Elle indique que « la dégradation des écosystèmes se produit dans toutes les régions. Chaque écosystème essentiel est sur la voie de l’effondrement (perte irréversible de la fonction au-delà de la réparation) » et souligne la « possibilité réaliste » de l’effondrement écologique de la forêt boréale du Canada, à compter de 2030.
La forêt boréale est souvent appelée « les poumons de la planète », car elle purifie l’air et fournit de l’oxygène (source en anglais). Elle séquestre et stocke également le carbone dans les arbres, les mousses, les lichens et le sol. Elle est dégradée en raison des changements climatiques, de l’exploitation forestière industrielle, de l’exploitation minière et de l’extraction de pétrole et de gaz.
Le Royaume-Uni n’est pas le seul à avoir cette opinion. Le rapport « Global Risks 2026 » du Forum économique mondial classe les menaces par gravité; les trois principaux risques à long terme sont les événements météorologiques extrêmes, la perte de biodiversité et l’effondrement des écosystèmes, et les changements majeurs dans les systèmes terrestres (source en anglais).
Il est clair que la sécurité n’est pas simplement une question de protection contre l’invasion d’armées étrangères. L’approche du Canada doit être intégrée. Heureusement, le gouvernement fédéral peut faire d’une pierre deux coups : la protection et la restauration des écosystèmes naturels peuvent favoriser la sécurité nationale et respecter les engagements du Canada énoncés dans la nouvelle stratégie pour la nature.