
La nature tend toujours vers la réparation. Nous devons nous mobiliser pour bouleverser le statu quo des pratiques de gestion forestière et les adapter à la force régénératrice des forêts. (Photo : Jachlan DeVol via Unsplash)
Les forêts fonctionnent grâce à des interconnexions entre les arbres, les plantes, les mousses, la faune, les poissons, les champignons et le sol. Le nouveau livre de Suzanne Simard When the Forest Breathes: Renewal and Resilience in the Natural World creuse profondément, littéralement, pour déterrer la science qui documente les façons dont l’exploitation forestière industrielle perturbe et affaiblit ces connexions. Elle était bien placée pour l’écrire, car Suzanne mentionne que « ma formation en écologie des sols m’avait donné une vision approfondie du monde souterrain, et j’avais appris, grâce à des décennies d’études, que la complexité des communautés biologiques souterraines reflète la diversité au-dessus du sol ».
La dégradation de la forêt a été marquée par des changements dans la composition des arbres (passant d’une diversité d’espèces et d’âges à un nombre d’espèces limité et d’âge égal), des impacts causés par les routes forestières (fragmentation de l’habitat et perturbation de la dynamique prédateur-proie) et la perte de forêts anciennes dues à des pratiques de gestion qui font en sorte que les arbres sont abattus à des âges offrant un profit maximal, puis les habitats de forêts anciennes ne sont pas remplacés (sources en anglais).
Cette machinerie n’enlève pas seulement les arbres, elle écrase également la végétation de sous-bois, comme les mousses et les lichens, qui stockent un tiers du carbone terrestre mondial.
Le livre de Mme Simard détaille les impacts que l’énorme équipement forestier industriel a sur le sol et le carbone qui y est stocké, révélant que « les bassins de carbone qui prennent des milliers d’années à se développer sont immédiatement réduits de 61 % avec le simple fait de réaliser les activités forestières avec de la machinerie lourde ».
Cette machinerie n’enlève pas seulement les arbres, elle écrase également la végétation de sous-bois, comme les mousses et les lichens, qui stockent un tiers du carbone terrestre mondial. Elle creuse et compresse le sol, libérant du carbone, limitant la capacité du sol à stocker l’eau et entravant les processus de régénération.
Dans les forêts saines, explique Mme Simard, « grâce à une plus grande richesse d’espèces d’arbres, de tranches d’âge ou même une plus grande variabilité génétique au sein d’une seule espèce, il y a moins d’incendies, d’inondations et d’infestations qui compromettront les bassins de carbone à long terme ». L’inverse est également vrai.
Notre époque est caractérisée par des feux de forêt estivaux quasi permanents, et Mme Simard explique en détail comment la dégradation des forêts peut entraîner une augmentation des incendies; l’abolition des brûlages dirigés par les Premières Nations, les tas de débris forestiers inflammables et la plantation de peuplements secondaires moins résistants et surpeuplés contribuent tous aux feux de forêt (source en anglais). Elle décrit comment, autour d’elle, « les montagnes et les plateaux étaient devenus une mer de plantations de conifères, semblable à un tapis d’allumettes déroulé pour permettre aux flammes de s’y propager ».
Les pentes où les arbres ont été coupés présentent un risque accru d’inondation et de glissement de terrain, qui à leur tour remplissent les cours d’eau et les cours d’eau de sédiments nuisibles à la vie aquatique (source en anglais).
Malheureusement, à la lumière des destructions causées par l’exploitation forestière industrielle, Mme Simard note que « seulement environ un quart de la forêt exploitée finit par se transformer en produits forestiers ».
Comme le souligne Mme Simard, des pratiques forestières régénératives sont déjà en place sous la direction des Premières Nations.
De toute évidence, un changement systémique dans la gestion forestière est nécessaire, ce que la Fondation David Suzuki clame depuis longtemps (source en anglais).
Partout au Canada, alors que les forêts anciennes déclinent, les forêts intactes devraient être laissées libres de « vieillir et atteindre leur potentiel écologique ». Les zones dévastées par l’exploitation forestière devraient être restaurées (source en anglais), contribuant ainsi au respect de l’engagement du Canada de protéger 30 % des terres et des eaux d’ici 2030, une promesse qui n’a connu que trop peu d’avancées.
En collaboration avec des partenaires autochtones, le projet Mother Tree de Mme Simard est à l’avant-garde des nouveaux modèles de pratiques de « foresterie régénérative ». Sans surprise, un élément clé de cette approche est le maintien d’importantes parcelles d’arbres mères dans les zones exploitées, afin de protéger l’intégrité de la forêt et de favoriser la nouvelle vie, car « les arbres plus âgés font circuler une partie de l’eau vers les plantules dans des sols moins profonds par le biais de leurs systèmes racinaires mycorhiziens » (source en anglais).
Comme le souligne Mme Simard, des pratiques forestières régénératives sont déjà en place sous la direction des Premières Nations. Par exemple, la Première Nation Kwiakah a racheté des permis de foresterie sur ses terres et travaille à protéger, à restaurer et à exploiter les forêts en utilisant la foresterie régénérative et les systèmes de savoirs traditionnels (source en anglais).
Les forêts du Canada ont été dramatiquement réduites par l’exploitation forestière industrielle, et beaucoup de travail est nécessaire pour arrêter et inverser la perte de biodiversité forestière.
Dans le cadre des régimes forestiers régénératifs, les pratiques forestières sont développées à l’échelle régionale et tiennent compte « des propriétés des sols locaux, des exigences intrinsèques des communautés végétales et des besoins fondamentaux de la faune de la région ». Une plus petite quantité d’arbres est prélevée et l’utilisation de la machinerie lourde est réduite.
Cette approche, note Mme Simard, pourrait créer des emplois : « L’exploitation forestière avec rétention partielle, où certains arbres sont soigneusement sélectionnés pour être laissés derrière tandis que d’autres sont coupés selon les objectifs, nécessiterait plus, et non moins, de personnel forestier, et cela créerait des moyens de subsistance pour les personnes travaillant dans la forêt. »
Les forêts du Canada ont été dramatiquement réduites par l’exploitation forestière industrielle, et beaucoup de travail est nécessaire pour arrêter et inverser la perte de biodiversité forestière. Heureusement, Mme Simard écrit : « même après les pratiques d’exploitation forestière les plus destructrices, les forêts se battent pour guérir. »
La nature tend toujours vers la réparation. Nous devons nous mobiliser pour bouleverser le statu quo des pratiques de gestion forestière et les adapter à la force régénératrice des forêts.