
Nous sommes témoins de feux de forêt de plus en plus intenses qui détruisent des villes entières, de sécheresses qui ravagent les récoltes, de pénuries d’eau responsables de maladies et de décès, et du niveau des mers qui monte au point de menacer de grandes villes. (Photo : MikoFox via Flickr)
Un monde plus heureux, plus sain et économiquement stable est à notre portée : il suffirait d’agir selon le principe que nombreux de nos problèmes s’avèrent interreliés. Par exemple, s’attaquer à la crise climatique contribuerait également à résoudre des enjeux en matière de pollution, de santé et de disparités économiques.
Malheureusement, il faut non seulement se battre contre une « polycrise », mais aussi contre divers degrés de déni. Dans son expression la plus éhontée, ce déni s’est affirmé par la bouche du président des États-Unis qui a qualifié de « canular » les dérangements causés par l’activité humaine, pourtant prouvés par des données scientifiques accablantes et par des manifestations tout à fait observables. Qui plus est, il fait la promotion des combustibles fossiles, si polluants et dommageables pour le climat, au détriment d’énergies renouvelables plus propres et plus efficientes.
Au Canada, le déni semble peut-être moins flagrant, mais il n’en demeure pas moins dangereux. En effet, inspiré par le legs de l’ancien premier ministre Stephen Harper, le premier ministre Mark Carney clame que les politiques climatiques « coûtent trop cher à la population canadienne ». Son gouvernement met actuellement la hache dans des mesures pourtant efficaces telles que la tarification sur le carbone et les plafonds sur la pollution pour le secteur pétrolier et gazier. Il choisit plutôt de se lancer à pleine vitesse dans l’accroissement du développement des combustibles fossiles, notamment des projets de gaz naturel liquéfié et d’oléoducs.
Au Canada, le déni semble peut-être moins flagrant, mais il n’en demeure pas moins dangereux.
Carney s’est même vanté que le Canada produit plus de pétrole que jamais, surpassé uniquement par les États-Unis et la Russie.
Quelle absurdité! Pendant ce temps, les températures et les taux d’humidité atteignent des sommets sans précédent, provoquant des centaines de milliers de décès chaque année à travers le monde, en plus d’être responsables d’autant plus de séjours à l’hôpital. Les récentes vagues de chaleur et tempêtes en Europe ont déjà tué des milliers de personnes. Elles ont aussi engendré des fermetures d’écoles, affecté la productivité, causé l’annulation d’événements et surchargé les réseaux électriques.
Certains pays européens ont même dû suspendre les activités de centrales nucléaires parce que l’eau des rivières, trop chaude, n’arrivait plus à les refroidir.
En Inde, où la montée en flèche des températures et de l’humidité entraîne la mort de dizaines de milliers de gens, des villages ont été complètement désertés à cause de la sécheresse qui a décimé les cultures.
En toute aberration, bon nombre des membres du milieu des affaires continuent d’ignorer ou de minimiser la gravité et la réalité des canicules! Nous sommes pourtant témoins de feux de forêt de plus en plus intenses qui détruisent des villes entières, de sécheresses qui ravagent les récoltes, de pénuries d’eau responsables de maladies et de décès, et du niveau des mers qui monte au point de menacer de grandes villes. Les eaux de surface des océans se réchauffent plus que jamais, ce qui engendre des « conséquences sur les tendances météorologiques, sur le climat mondial et sur les écosystèmes marins », selon le Copernicus Climate Change Service.
Du côté canadien, les contribuables insufflent des millions de dollars dans des projets de capture de carbone, finançant ainsi une industrie terriblement rentable.
Le profit à court terme, sous prétexte d’une constante croissance de l’économie et du produit intérieur brut, pèse malheureusement plus lourd dans la balance que les inquiétudes quant aux coûts exorbitants des changements climatiques qui s’accélèrent. C’est suicidaire.
Bien que de nombreuses solutions pertinentes se déploient à travers le monde (entraînant la création d’emplois stables, l’amélioration de l’efficacité des systèmes énergétiques, et une réduction de la pollution et des coûts des soins de santé qui en découlent), plusieurs gouvernements, dont celui du Canada, concentrent encore leur attention sur des mesures sans fondement qui laissent l’industrie fossile s’enrichir à nos dépens.
Certaines de ces stratégies, comme la capture et le stockage du carbone, se trouvent basées sur des recherches trompeuses financées par l’industrie elle-même. Par exemple, une étude de 2004 de la Princeton University, largement citée, fait la promotion de la capture du carbone et du gaz « naturel » (qui est en réalité surtout du méthane, un puissant gaz à effet de serre) en tant que remède au dérèglement climatique. Une enquête de ProPublica révèle pourtant que cette recherche « a été en grande partie forgée par BP, le géant pétrolier britannique, une des entités mondiales les plus fortement responsables des changements climatiques ».
« En 1997, BP a laissé tomber le déni climatique », rapporte ProPublica, « pour lancer une stratégie silencieuse à la portée tentaculaire, qui consiste à entremêler les intérêts du milieu pétrolier avec la science climatique, notamment en mobilisant ses vastes ressources pour influencer des études entreprises par de grandes universités ».
Du côté canadien, les contribuables insufflent des millions de dollars dans des projets de capture de carbone, finançant ainsi une industrie terriblement rentable. Nous subventionnons aussi collectivement les développements de gaz naturel liquéfié.
Pourquoi poursuivons-nous cette voie destructrice, pavée d’une pollution accrue, de phénomènes météorologiques extrêmes, de pénuries d’eau, de crises de santé et de disparités des richesses?
Des recherches menées par ProPublica et Drilled ont toutefois conclu que la technologie de capture du carbone « fait face à des difficultés financières et techniques, et a peu de chances de succès à l’échelle qui serait nécessaire pour éviter un réchauffement extrême ».
Quant au GNL, des études de la Fondation David Suzuki et d’autres démontrent que les émissions de méthane, pourtant mortelles et polluantes, se trouvent sous-estimées. On prévoit d’ailleurs une surabondance, et les projets d’envergure risquent d’entrer sur un marché déjà saturé d’ici la fin de leur mise en œuvre.
En parallèle, les coûts des énergies renouvelables et de leur stockage continuent de chuter, proportionnellement à l’amélioration de leur efficacité, rendant ces technologies bien plus rentables que les combustibles fossiles.
Pourquoi poursuivons-nous cette voie destructrice, pavée d’une pollution accrue, de phénomènes météorologiques extrêmes, de pénuries d’eau, de crises de santé et de disparités des richesses?
La réponse repose dans le pouvoir et le profit. La centralisation des systèmes énergétiques, et des combustibles qui les alimentent, ouvre facilement la porte au monopole et au contrôle. En contrepartie, l’énergie du soleil et du vent existe partout, et les technologies de stockage s’améliorent pour permettre un accès à celle-ci en tout temps.
L’heure est venue de mettre un terme à la puissance destructrice de l’industrie fossile. C’est la survie de la civilisation et de notre espèce qui en dépend.