
Au-delà des implications financières, il est tout simplement immoral de développer le GNL pendant une crise climatique qui s’accélère.
Pour les personnes capables d’investir pour la retraite, les « fonds éthiques » sont une bonne option. Après tout, à quoi servent les investissements dans des industries comme le charbon, le pétrole et le gaz, qui pourraient être réduites à néant par de bien meilleures technologies d’énergie renouvelable? Ou pire, le monde au moment de la retraite pourrait être rempli de fumée provenant de feux de forêt, connaître des conditions météorologiques extrêmes, des inondations, des sécheresses, des mauvaises récoltes et des pénuries de nourriture et d’eau.
Il est maintenant plus facile de faire les bons choix grâce à l’investissement personnel. Mais dans le cas des grands régimes de pension publics sur lesquels beaucoup de gens comptent par l’entremise du Régime de pensions du Canada et d’autres régimes semblables, nous avons beaucoup moins de contrôle.
C’est pourquoi il est troublant de voir le gouvernement fédéral faire pression sur les fonds de pension « Maple 8 » pour qu’ils investissent dans des projets de gaz naturel liquéfié et d’autres combustibles fossiles. Les fonds Maple 8 constituent les plus importants fonds de pension du pays, et administrent 2,7 billions de dollars canadiens d’actifs sous gestion (source en anglais).
Le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, encourage les fonds de pension et autres investisseurs institutionnels à contribuer au financement de « grands projets d’intérêt national », notamment des investissements risqués dans des projets et des infrastructures de combustibles fossiles comme des terminaux et des pipelines de GNL.
Bien que la guerre au Moyen-Orient ait créé des occasions favorables à court terme pour l’industrie pétrolière et gazière du Canada, la plupart des usines à l’étude ne seront pas prêtes assez rapidement pour profiter des récentes flambées des prix.
Exportation et développement Canada a publié un avis annonçant son intention de financer une entité non désignée afin qu’elle puisse avoir une participation en capital dans LNG Canada, ce qui pourrait signifier que les fonds de pension seraient propriétaires de l’entreprise. L’entreprise est actuellement une coentreprise entre Shell, Petronas (gouvernement malaisien), PetroChina (gouvernement chinois), Mitsubishi Corporation (propriété japonaise) et Kogas (gouvernement sud-coréen).
Selon Shift, l’organisation de défense du climat et des prestations de retraite, de tels investissements « entraîneraient des risques financiers inacceptables, des conséquences climatiques et environnementales, et n’auraient pas le consentement des Premières Nations et des communautés autochtones touchées » (source en anglais).
Bien que la guerre au Moyen-Orient ait créé des occasions favorables à court terme pour l’industrie pétrolière et gazière du Canada, la plupart des usines à l’étude ne seront pas prêtes assez rapidement pour profiter des récentes flambées des prix. Un rapport de la Fondation David Suzuki confirme qu’une surabondance de GNL est attendue à long terme, ce qui signifie que les grands projets pourraient arriver dans un marché surapprovisionné.
L’Institute for Energy Economics and Financial Analysis indique que « la mise en place rapide d’infrastructures de combustibles fossiles à forte intensité de capital en réponse aux perturbations du marché liées aux conflits internationaux n’est pas une stratégie énergétique fiable à long terme » (source en anglais).
Au-delà des implications financières, il est tout simplement immoral de développer le GNL pendant une crise climatique qui s’accélère.
Et, comme le mentionne l’analyse du groupe de réflexion mondial sur l’énergie Ember, « le monde est peut-être près de plafonner en matière d’énergie alimentée au gaz » (source en anglais).
« Les perturbations géopolitiques ont renforcé la tendance à la baisse du gaz en exposant la volatilité des prix et les risques pour la sécurité énergétique associés aux systèmes gaziers dépendants des importations. Les grandes économies, dont l’Allemagne, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, se sont engagées à accélérer le déploiement des sources renouvelables en guise de réponse », rapporte Ember.
Nous l’avons constaté à la lumière de la guerre Russie-Ukraine et du conflit au Moyen-Orient. « L’invasion de l’Ukraine par la Russie a temporairement fait monter les prix, mais elle a également accéléré la transition énergétique, incitant l’Europe et d’autres régions à se diversifier plus rapidement et à investir davantage dans l’énergie propre produite à l’intérieur de leurs frontières », rapporte Shift.
Shift ajoute : « L’engagement pris par l’Europe en mars 2026 de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 90 % d’ici 2040 marque une évolution rapide vers l’électrification et les systèmes d’énergie propre. En conséquence, les nouvelles infrastructures de GNL vont de plus en plus compétitionner directement les énergies renouvelables moins chères et plus rapides à déployer, ce qui réduira davantage leur valeur à long terme ».
Au-delà des implications financières, il est tout simplement immoral de développer le GNL pendant une crise climatique qui s’accélère. De plus en plus de preuves démontrent que les nouvelles installations émettent de grands volumes de méthane, un gaz à effet de serre puissant (une composante principale du gaz naturel), ainsi que des composés organiques volatils et du benzène cancérigène (source en anglais).
Les fonds de pension ont le devoir de faire ce qui est le mieux pour les intérêts à long terme des personnes qui comptent sur elles.
Le Grand chef Stewart Phillip, président de l’Union of British Columbia Indian Chiefs, et les chefs héréditaires de la Nation Wet’suwet’en ont envoyé une lettre aux fonds de pension les exhortant à « ne pas acquérir de participation dans le terminal d’exportation de LNG Canada ou sa phase 2, compte tenu des violations bien documentées de nos droits par ses promoteurs ainsi que des risques juridiques et financiers importants associés à cette installation » (source en anglais).
Les fonds de pension ont le devoir de faire ce qui est le mieux pour les intérêts à long terme des personnes qui comptent sur elles. Investir dans des sources d’énergie polluantes, obsolètes et qui ne perdureront pas comme le gaz, le pétrole et le charbon est une violation de ce devoir. Cela pourrait faire en sorte que les fonds de pension se retrouvent pris avec des actifs irrécupérables et qu’ils contribuent directement à la pollution, à des effets néfastes pour la santé, à la violation des droits des Autochtones et aux changements climatiques (source en anglais).
Comme le souligne Shift, « votre sécurité de retraite est en jeu ». Mais c’est bien plus que ça. Investir dans les combustibles fossiles met la sécurité globale de tout le monde en jeu.