Thomas Piketty dit que l’idéologie des personnes actuellement au pouvoir ou en pleine ascension aux États-Unis et dans de nombreux autres pays ne peut pas fournir ce dont l’humanité a besoin. (Photo : Gage Skidmore via Flickr)

La crise climatique n’est pas simplement un défi technologique isolé. Elle fait partie d’une « polycrise » beaucoup plus importante (source en anglais). Car tout est interconnecté.

L’ampleur de ce « déséquilibre systémique », comme le nomme Thomas Homer-Dixon, auteur canadien, spécialiste des sciences sociales et directeur général de l’Institut Cascade, peut causer un sentiment de désespoir, mais il peut être résolu en instaurant des changements majeurs dans la façon dont nous nous comportons sur cette petite planète (sources en anglais).

C’est le message qui ressort d’une nouvelle étude approfondie. Le Global Justice Report: A Plan for Equality & Prosperity Within Planetary Boundaries du World Inequality Lab (WIL), écrit par 45 autrices et auteurs utilisant des bases de données compilées par plus de 200 chercheuses et chercheurs du monde entier, affirme qu’« il est possible de concilier l’habitabilité de la planète et un bien-être élevé pour tout le monde, mais seulement si la transformation repose sur trois piliers simultanément ».

Cela nécessitera de modifier considérablement les structures de pouvoir qui gouvernent notre monde et qui nous conduisent vers la calamité.

Les piliers sont la décarbonation rapide des systèmes énergétiques, un passage de la surconsommation à la « suffisance » (y compris la réduction des heures de travail et de l’utilisation des matières premières et des changements importants dans les habitudes alimentaires, l’utilisation des terres et le couvert forestier) et une « réduction draconienne des inégalités de revenus, de richesses et de pouvoir » entre les pays et en leur sein.

Cela nécessitera de modifier considérablement les structures de pouvoir qui gouvernent notre monde et qui nous conduisent vers la calamité. Cela comprendrait « des impôts importants sur la fortune pour les milliardaires, de fortes réductions du temps de travail, la modification des régimes alimentaires et un déplacement des investissements des secteurs matériellement intenses, tels que l’industrie et l’exploitation minière, vers l’éducation et la santé », rapporte The Guardian.

La majorité des êtres humains en bénéficierait, car cela doublerait les revenus de 89 % de la population mondiale d’ici 2100 et maintiendrait le réchauffement planétaire à moins de 2 °C au-dessus de la moyenne préindustrielle. Cela réduirait également la semaine de travail moyenne à environ 2,5 jours, augmentant ainsi le temps libre.

L’inégalité de richesse serait fortement réduite; la part de la moitié la plus pauvre de l’humanité augmenterait de 2 à 30 %, tandis que la classe milliardaire verrait sa part chuter de 6 à 0,05 %.

« Près de 90 % de la population mondiale doublerait ses revenus entre 2026 et 2100, et une fois les loisirs et une planète habitable pris en compte, plus de 99 % des gens en sortiraient avantagés », ont écrit Thomas Piketty, codirecteur de L’École d’économie de Paris, et ses collaborateur·rices dans un article publié dans The Guardian.

Cela conduit ensuite à une réaction contre les politiques vertes, sapant les efforts qui visent à réduire la consommation de combustibles fossiles

M. Piketty dit que l’idéologie des personnes actuellement au pouvoir ou en pleine ascension aux États-Unis et dans de nombreux autres pays ne peut pas fournir ce dont l’humanité a besoin.

« Au bout du compte, nous devrons arriver à ce genre de redistribution coopérative des ressources et du pouvoir parce que l’autre option conduira tout simplement à des résultats désastreux tant pour l’environnement et le climat que pour la société », a-t-il déclaré à The Guardian.

M. Homer-Dixon soutient que, bien que les crises interconnectées puissent sembler désastreuses, elles offrent également des possibilités. Mais il faut comprendre comment elles sont reliées et comment les boucles de rétroaction exacerbent les problèmes. Par exemple, la consommation de combustibles fossiles engendre des changements climatiques, qui engendrent des coûts économiques. « Comme les gens se sentent moins en sécurité d’un point de vue économique, ils soutiennent les dirigeants autoritaires. Cela conduit ensuite à une réaction contre les politiques vertes, sapant les efforts qui visent à réduire la consommation de combustibles fossiles » (source en anglais).

La possibilité, dit-il, est que cela « délégitime la façon actuelle de faire les choses et les parties prenantes actuelles qui en récoltent les bénéfices, et qui ne veulent pas que les choses changent ».

Le réel obstacle n’est pas l’impossibilité technique, mais bien le choix politique et le travail difficile et essentiel de créer une coalition en sa faveur.

Le Cascade Institute et le rapport du WIL tentent de comprendre la nature holistique de la polycrise afin de trouver des solutions. Comme l’une des causes sous-jacentes est l’accumulation de richesses et les inégalités, la résistance des ultrariches et des figures politiques qui les soutiennent va probablement s’intensifier. Le Global Justice Report indique que le revenu national brut moyen par personne dans le monde augmenterait pour presque tout le monde, mais que « l’exception serait les mégariches, qui seraient lourdement imposés parce qu’ils sont les plus responsables de la crise climatique ».

En plus d’imposer les personnes trop riches, le rapport recommande des mesures comme « un fonds mondial de justice pour financer la transition énergétique et superviser une augmentation des dépenses en éducation et en santé » et « un fonds souverain mondial, qui rééquilibrerait les avoirs mondiaux en richesses publiques et privées qui se rapprocheraient de proportions observées pour la dernière fois en 1970 ».

Il conclut qu’un monde meilleur et plus équitable est matériellement possible. « Le réel obstacle n’est pas l’impossibilité technique, mais bien le choix politique et le travail difficile et essentiel de créer une coalition en sa faveur. »

C’est une coalition que nous devrions toutes et tous soutenir.