Alors, quel est le plan du Canada? Construire plus de pipelines pour acheminer du bitume polluant qui modifie le climat vers des marchés en déclin; augmenter la production de gaz polluant issu de la fracturation qui nécessite des quantités d’eau astronomiques; détruire les processus d’évaluation environnementale et réduire les politiques climatiques.

Imaginer un Canada avec moins de pollution, moins de coûts pour les ménages et moins d’écart entre les riches et les pauvres ne relève pas de l’utopie. Nous disposons de la technologie, des connaissances et de la main-d’œuvre qualifiée pour y parvenir, et des solutions efficaces sont actuellement utilisées dans le monde entier.

Mais le temps presse, et les conséquences s’aggravent : la chaleur record tue des milliers de personnes; les phénomènes météorologiques extrêmes augmentent en nombre et en gravité; les feux de forêt remplissent l’air de fumée et menacent les maisons; les aquifères et réservoirs s’assèchent; les sécheresses provoquent des pénuries alimentaires; des insectes porteurs de maladies se déplacent vers des zones où ils sont rarement présents; le niveau de la mer qui augmente menace des villes entières… La liste est longue (source en anglais).

Le message des scientifiques et des organisations internationales, comme l’ONU, l’Agence internationale de l’énergie et l’Institut international du développement durable, est clair : il n’est pas possible de continuer l’exploration ou le développement du gaz, du pétrole et du charbon si nous voulons éviter que les températures moyennes mondiales augmentent au-delà de niveaux catastrophiques (sources en anglais).

Le Canada pourrait être un chef de file mondial dans la recherche de solutions.

Le Canada pourrait être un chef de file mondial dans la recherche de solutions. Un réseau est-ouest alimenté par des énergies renouvelables pourrait rapidement nous permettre d’atteindre un objectif zéro émission. Nous avons le savoir-faire nécessaire pour améliorer et utiliser les technologies de stockage d’énergie et de véhicules électriques. Nous pourrions facilement réduire la consommation.

Alors, quel est le plan du Canada? Construire plus de pipelines pour acheminer du bitume polluant qui modifie le climat vers des marchés en déclin; augmenter la production de gaz polluant issu de la fracturation qui nécessite des quantités d’eau astronomiques; détruire les processus d’évaluation environnementale et réduire les politiques climatiques (source en anglais). Et les leaders des gouvernements fédéral et provinciaux veulent que vous payiez pour cela!

Le pipeline de 1 200 kilomètres proposé par les gouvernements du Canada et de l’Alberta transporterait du bitume dilué de l’Alberta à la côte sud de la Colombie-Britannique le long du tracé actuel du pipeline Trans Mountain. Cela coûterait jusqu’à 44 milliards de dollars et serait principalement financé par les contribuables. (Les coûts de l’agrandissement du réseau de Trans Mountain, que le gouvernement fédéral a payé avec notre argent, étaient initialement fixés à 5,4 milliards de dollars, mais ont augmenté à plus de 34,2 milliards de dollars [source en anglais].)

Une seule entreprise privée, la Pembina Pipeline Corporation basée à Calgary, a accepté d’investir dans le nouveau pipeline avec une participation de 10 %.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, affirme que le projet s’inscrit dans « l’objectif de l’Alberta de doubler la production de pétrole pour atteindre huit millions de barils par jour au cours des 10 à 15 prochaines années ». C’est complètement fou. Le projet nous condamnera à utiliser des combustibles polluants et modifiant le climat pendant plusieurs années à venir, ou nous laissera des « actifs irrécupérables » alors que le monde passe rapidement aux énergies renouvelables.

Le pipeline ne ferait que réduire les émissions produites par la production, et non pas la quantité beaucoup plus grande émise quand on brûle le pétrole brut.

Le pipeline est relié au projet de captage et de stockage du carbone Pathways, qui s’élève à plusieurs milliards de dollars, et qui serait également subventionné par les contribuables. Il ne ferait que réduire les émissions produites par la production, et non pas la quantité beaucoup plus grande émise quand on brûle le pétrole brut.

Et, comme l’indique l’AIE, « éliminer le carbone de l’atmosphère est coûteux et incertain. Nous devons faire tout notre possible pour arrêter de le produire en premier lieu ». Cela comporte également des risques importants, notamment des ruptures et des fuites de pipelines et d’installations de stockage de carbone, ainsi qu’une consommation excessive d’eau (source en anglais).

Pendant ce temps, l’Alberta et l’Ontario vantent un autre pipeline qui sera construit entre leurs deux provinces. Et les gouvernements du Canada et de la Colombie-Britannique continuent d’appuyer le développement du gaz « naturel » liquéfié, ce qui signifie plus de fracturation hydraulique, de pénuries d’eau, de tremblements de terre et d’émissions de méthane, un puissant gaz à effet de serre qui compose le gaz « naturel » (source en anglais).

Même en Alberta, la majorité des gens s’opposent à l’utilisation de l’argent des contribuables pour la construction d’un nouveau pipeline, selon un sondage de l’Institut Pembina. La plupart conviennent également que l’économie de la province dépend trop du pétrole et du gaz (source en anglais).

Les investissements dans des énergies plus propres permettraient de créer de bons emplois et d’améliorer la sécurité et la stabilité énergétiques.

Pensez à ce que 44 milliards de dollars pourraient acheter. Le Réseau Économie Verte, une alliance d’organisations syndicales ou axées sur l’environnement, l’intérêt public et la religion, recommande « 40 milliards de dollars sur cinq ans pour des investissements pour rendre les systèmes d’électricité du Canada plus écologiques ». La Coalition pour un budget vert suggère d’investir 32 milliards de dollars sur cinq ans dans des projets d’énergie propre et un réseau électrique est-ouest alimenté par des énergies renouvelables, ce qui est faisable selon les travaux de recherche réalisés par la Fondation David Suzuki.

Les investissements dans des énergies plus propres permettraient de créer de bons emplois et d’améliorer la sécurité et la stabilité énergétiques. Comme le mentionne l’AIE, les investissements dans les combustibles fossiles sont risqués, car « si le monde parvient à réduire la demande de combustibles fossiles assez rapidement pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050, les nouveaux projets feront face à des risques commerciaux importants » (source en anglais).

Bill Hare, directeur général de Climate Analytics, déclare : « Tout investissement dans de nouveaux combustibles fossiles de nos jours est un pari stupide, alors que rejoindre la course aux énergies renouvelables ne peut qu’apporter des avantages non seulement en matière d’emploi et d’énergie plus abordable à des prix stables, mais également en matière d’indépendance énergétique et d’accès là où c’est le plus nécessaire » (source en anglais).

Mettre des efforts dans les énergies fossiles conduit le Canada dans la mauvaise direction.