Plus nous en apprenons sur notre planète — cette demeure unique, fragile mais résiliente — plus nous réalisons que tout est interconnecté et qu’il est crucial d’agir avec prudence.

Malheureusement, un grand nombre de personnes semblent déterminées à saccager notre précieuse planète. Ignorance, cupidité ou mélange des deux? Le constat est clair : elles ne comprennent pas le fonctionnement de cet écosystème. Même ceux et celles d’entre nous qui souhaitent protéger la Terre et la vie qu’elle abrite sont loin d’en comprendre toutes ses merveilles.

Une nouvelle étude de cartographie mondiale, réalisée par la Society for the Protection of Underground Networks (SPUN), met en évidence ce qui reste à découvrir. Elle révèle que « si l’on aligne bout à bout tous les hyphes de champignons mycorhiziens à arbuscules de la planète situés dans les quinze premiers centimètres de sol, ils s’étireraient de la Terre jusqu’au Soleil… environ un milliard de fois. Cela représente environ 110 quatrillions de kilomètres d’hyphes. »

Selon Justin Stewart, principal auteur de la recherche, « une seule cuillère à thé de terre pourrait contenir jusqu’à dix mètres de réseau mycorhizien ».

Plusieurs de nos activités menacent ces réseaux vitaux.

Pourquoi cela est-il important? Comme l’explique la SPUN : « les champignons mycorhiziens à arbuscules fournissent de l’eau, du phosphore et de l’azote à 70 % des espèces végétales terrestres. En échange, ces champignons reçoivent le carbone qu’émettent les plantes, retenant l’équivalent d’environ quatre milliards de tonnes de dioxyde de carbone, soit 11 % du CO2 émis par les combustibles fossiles. Grâce à cette relation, les champignons mycorhiziens façonnent la vie terrestre depuis 450 millions d’années. »

D’ailleurs, plusieurs études récentes – dont celle-ci – sur le rôle des champignons et des réseaux mycorhiziens ont des répercussions majeures sur une multitude de domaines, allant de la foresterie à l’agriculture, jusqu’à la survie même de l’humanité.

Or, plusieurs de nos activités menacent ces réseaux vitaux. D’après l’auteur, certaines pratiques agricoles, comme le tallage ou l’utilisation d’engrais ou de fongicides, détruisent ou perturbent les relations symbiotiques essentielles entre les plantes et les champignons.

Selon l’équipe de recherche, la densité des réseaux fongiques des sols cultivés est inférieure de 47,3 % à celle des écosystèmes naturels. Les prairies possèdent les réseaux les plus denses, mais ceux-ci « sont souvent mal protégés et subissent une dégradation croissante », rapporte The Guardian.

Les champignons permettent aux plantes de se procurer des nutriments naturellement. De plus, ils optimisent le stockage du carbone dans les sols. Protéger ces réseaux permettrait ainsi d’éviter l’introduction de substances chimiques comme l’azote ou le phosphore dans les cours d’eau, et de réduire la consommation d’engrais dans l’agriculture.

Les réseaux de champignons illustrent une vérité connue de nombreux peuples autochtones depuis longtemps : tout est interconnecté.

De plus, une recherche menée par Suzanne Simard, autrice canadienne et spécialiste en sciences forestières, démontre que les réseaux mycorhiziens contribuent également à la bonne santé des forêts. Cette réalité était encore mal connue à l’époque où l’industrie a commencé à remplacer les forêts anciennes diversifiées par des monocultures après les coupes.

Bien que les champignons existent depuis un milliard d’années, il a fallu attendre les années 1960 pour qu’ils soient reconnus comme une catégorie distincte des végétaux et des animaux. Auparavant, on les classait comme des végétaux, mais ils partagent plus de traits communs avec les animaux, car ils sont « dépourvus de chlorophylle et ne peuvent pas effectuer la photosynthèse », selon l’Encyclopédie canadienne.

Jusqu’à présent, nous avons seulement découvert une infime portion des 3,8 millions d’espèces estimées de champignons.

Les réseaux de champignons illustrent une vérité connue de nombreux peuples autochtones depuis longtemps : tout est interconnecté. Cela met également en évidence l’orgueil démesuré des colonisateur·trice·s et des capitalistes, qui ont longtemps considéré la planète comme une simple réserve de « ressources » à exploiter. Même la science occidentale, marquée par son penchant pour le réductionnisme, a souvent échoué à saisir la vision globale. Contrairement à la perspective de nombreux peuples autochtones, qui s’étend sur plusieurs générations, passées, présentes et futures, cette vision du monde est axée sur le court terme.

Bien que nous ayons encore beaucoup à apprendre, nous savons suffisamment pour comprendre que nous devons rapidement développer des méthodes de vie plus durables.

Lorsque nous abattons des forêts anciennes, que nous dynamitons des montagnes pour en extraire des minéraux ou que nous défrichons des terres pour y établir de grandes exploitations agricoles industrielles ou des ensembles résidentiels, nous ne faisons pas que prendre des ressources et remplacer les zones dégradées par des infrastructures plus utiles (pour nous). Nous détruisons en réalité les systèmes naturels, ce qui entraîne des conséquences en cascade au cœur des systèmes sur lesquels dépendent notre santé et notre survie.

Dans leur soif de pouvoir et de profit à court terme, les personnes qui extraient des minéraux, du gaz, du charbon et du pétrole, qui abattent des forêts tropicales humides pour l’élevage du bétail ou qui construisent des barrages dans les vallées pour l’énergie, oublient de considérer les répercussions de leurs actes. Non seulement les processus complexes qui se déroulent sous leurs pieds leur échappent, mais ils semblent ignorer les subtilités des interactions qui régissent le monde vivant en surface.

Plus nous en apprenons sur notre planète — cette demeure unique, fragile mais résiliente — plus nous réalisons que tout est interconnecté et qu’il est crucial d’agir avec prudence, de préserver et de restaurer les écosystèmes, et de trouver des moyens harmonieux de coexister avec la nature, dont nous faisons partie intégrante.

Bien que nous ayons encore beaucoup à apprendre, nous savons suffisamment pour comprendre que nous devons rapidement développer des méthodes de vie plus durables. Nous devons cesser de détruire les systèmes complexes interreliés qui sont indispensables à notre santé et à notre survie.