PHOTO MARIO ANZUONI, ARCHIVES REUTERS

(PHOTO MARIO ANZUONI, ARCHIVES REUTERS)

 

Publié le 5 février 2022 dans La Presse +

Charles Bonhomme, spécialiste communications et affaires publiques à la Fondation David Suzuki
Émile Boisseau Bouvier, analyste des politiques climatiques d’Équiterre

Hydrogène par ci. Hydrogène par là: le mot est sur les lèvres de bien du monde ces derniers temps. On en vante à tout vent les potentielles retombées économiques et climatiques et on le présente comme le nouveau sésame de la transition énergétique. Cet enthousiasme débordant doit toutefois être tempéré: l’hydrogène n’est pas la solution miracle qu’on nous fait miroiter, loin de là.

« Préparez-vous, vous allez beaucoup en entendre parler », affirmait François Legault lors de son passage à la conférence sur le climat de la COP26, l’automne dernier. Dominique Anglade et le Parti libéral du Québec en ont aussi fait une pierre angulaire de leur plateforme électorale et environnementale, qualifiant l’hydrogène de « projet de société » de la trempe de la baie James. Sophie Brochu, présidente d’Hydro-Québec, soulignait également son potentiel « extraordinaire » et n’hésitait pas à le décrire comme nos « nouveaux barrages ».

Il est préoccupant de voir la place qu’on accorde à l’hydrogène dans le discours de nos dirigeantes et dirigeants politiques. Parce que ce nouvel appétit international, qui entraîne visiblement dans son sillage les élus d’ici, est loin d’être anodin ou innocent.

Cet engouement soudain qui parle de l’hydrogène comme de l’énergie du futur est d’abord et avant tout une manœuvre de l’industrie fossile pour continuer de vendre ses produits (gaz, pétrole, charbon) et pour ralentir la transition vers les énergies renouvelables partout dans le monde. Parce qu’environ 95% du temps, c’est justement la transformation de ces combustibles hautement dommageables qui permet de produire notre « sauveur » l’hydrogène.

C’est le cheval de Troie de celles et ceux qui nous ont menés au bord du gouffre climatique.

Il faut collectivement en être conscient.

Le cas particulier du Québec

Ceci dit, chez nous, la situation est plus complexe puisque l’hydrogène est fabriqué à partir d’énergie renouvelable : notre précieuse hydroélectricité. Ainsi, il faut l’admettre, la production d’hydrogène vert est une solution pouvant nous aider à décarboner des secteurs plus difficiles à électrifier directement comme certains procédés industriels ou encore l’aviation et le transport maritime.

Toutefois, il faut utiliser l’hydrogène de manière intelligente et très ciblée parce que pour le produire, ça prend justement de l’électricité…beaucoup d’électricité!

À l’heure où plusieurs soulignent avec raison que la province doit réduire sa consommation d’hydroélectricité et ménager cette ressource stratégique pour plusieurs autres grands projets comme l’électrification des transports ou l’exportation vers d’autres États, l’accaparer en grande quantité pour faire de l’hydrogène vert dans des secteurs où il n’a pas de valeur ajoutée est une mauvaise idée.

Nous espérons donc que la nouvelle Stratégie québécoise sur l’hydrogène que doit présenter le ministre des Ressources naturelles Jonatan Julien ce printemps sera chiffrée, réaliste et qu’elle tiendra compte des limites de nos capacités de production d’hydroélectricité.

Nos organisations, Équiterre et la Fondation David Suzuki, ont d’ailleurs déposé un mémoire lors des consultations sur cette stratégie afin de l’informer de tous les potentiels pièges à éviter lors du développement de cette filière chez nous.

Nous verrons si, tel que le dictent le bon sens et la science, on va y aller mollo.