
Les aires protégées sont parfois des îles vertes dans des océans de développement et d’extraction, manquant de connectivité et souvent entourées de zones détériorées qui mettent en danger la faune qui se déplace au-delà des frontières.
Le gouvernement de l’Alberta a récemment affirmé que presque toutes les terres de la Couronne de la province devraient être considérées comme protégées, et ce, même si les troupeaux de caribous sont sur le point de s’éteindre localement en raison de l’exploitation forestière, pétrolière et gazière qui continue de dégrader et de fragmenter leur habitat.
L’affirmation de l’Alberta fait suite à l’engagement fédéral d’atteindre l’objectif international visant à protéger 30 % des terres d’ici 2030. Comme le rapporte un article du Globe and Mail, seulement 14 % des terres du Canada sont protégées, de sorte qu’il faut ajouter 1,6 million de kilomètres carrés supplémentaires au cours des quatre prochaines années pour atteindre l’objectif.
L’Alberta pourrait tenter de tirer parti de ce que certaines personnes interprètent comme une zone grise dans la vision du gouvernement fédéral : la catégorie des « autres mesures de conservation efficaces ». En mars, le premier ministre Mark Carney s’est de nouveau engagé à atteindre l’objectif du Canada en matière d’aires protégées avec une nouvelle stratégie pour la nature, qui indique qu’au moins huit pour cent de l’objectif sera atteint en ajoutant des AMCEZ.
Les zones AMCEZ sont gérées pour une conservation à long terme à l’extérieur des parcs réglementés de façon traditionnelle.
« Près de 60 % des terres de la province sont des terres publiques gérées par l’État », a déclaré Grant Hunter, ministre de l’Environnement et des Aires protégées de l’Alberta. « Cela représente environ 40 millions d’hectares qui ont été gérés et conservés de manière responsable depuis des décennies. L’utilisation des terres est réglementée pour protéger les bassins hydrographiques, conserver l’habitat faunique, soutenir la foresterie et l’agriculture, permettre les loisirs en plein air et favoriser un développement responsable et soigneusement géré des ressources » (source en anglais).
Les zones AMCEZ sont gérées pour une conservation à long terme à l’extérieur des parcs réglementés de façon traditionnelle. Le Canada a des critères clairs pour les AMCEZ, notamment : « la conservation se maintient durant toute l’année et sera maintenue à long terme » et « les objectifs de conservation ne sont pas menacés par d’autres objectifs du site ».
Ils ont du sens à certains endroits (source en anglais). Les aires protégées et de conservation autochtones (dont beaucoup sont régies par le droit autochtone) sont de bons exemples. La confusion générée par les AMCEZ vient en partie de l’industrie; elle déclare également participer à la « conservation » malgré le déclin du caribou et soutient que les terres relevant de sa compétence devraient être désignées comme AMCEZ.
Les aires protégées sont souvent trop petites pour englober l’ensemble des processus écologiques.
Dans un article de 2019, Christopher Lemieux, professeur agrégé de l’Université Wilfrid Laurier, et ses collègues du département de politique maritime ont décrit les risques potentiels : « Un langage ambigu utilisé pour définir et prescrire l’application des AMCEZ est utilisé comme fondement d’un paradigme révisionniste qui promet d’affaiblir les normes nationales et internationales de conservation, de rompre les partenariats et de compromettre l’intégrité du réseau d’AP du Canada » (source en anglais).
D’autres obstacles potentiels entravent l’atteinte des objectifs de conservation du Canada. Les objectifs basés sur les chiffres comportent des risques inhérents. Un article du scientifique européen Piero Visconti et de ses collègues publié dans la revue Science note que « les objectifs fondés sur des pourcentages de territoire ne tiennent pas compte de la qualité de ce qui est représenté, et les écosystèmes dégradés se voient accorder la même valeur que ceux dont les fonctions sont encore intactes » (source en anglais).
Les aires protégées sont souvent trop petites pour englober l’ensemble des processus écologiques. Elles sont parfois des îles vertes dans des océans de développement et d’extraction, manquant de connectivité et souvent entourées de zones détériorées qui mettent en danger la faune qui se déplace au-delà des frontières.
La nature est dynamique; elle change constamment et évolue sur de longues périodes qui permettent l’adaptation. Les changements climatiques modifient les paysages à un rythme plus rapide. Comme le souligne l’organisme international Wildlife Society, « les aires protégées sont des havres de biodiversité à travers le monde, mais en raison du réchauffement du climat, la niche écologique des espèces qui les utilisent peut se déplacer vers des zones qui ne sont plus protégées » (source en anglais). De même, l’aire de répartition d’espèces d’arbres et de plantes pourrait se déplacer en dehors des zones protégées en réponse à un climat qui évolue.
La nature est dynamique; elle change constamment et évolue sur de longues périodes qui permettent l’adaptation.
Les parcs ne sont pas des solutions miracles pour gérer les crises écologiques auxquelles nous faisons face, mais ils sont certainement un des principaux outils. Les terres situées à l’extérieur des aires protégées doivent également être gérées pour favoriser la biodiversité. La restauration au niveau du paysage est nécessaire pour réparer les écosystèmes endommagés. Les zones tampons et les corridors de connectivité peuvent créer des espaces pour permettre le déplacement de la faune et la migration des écosystèmes en raison des changements climatiques.
En fin de compte, les aires protégées protègent les processus naturels de la détérioration résultant du développement et de l’extraction des ressources industrielles, ce qui favorise la résilience. Comme l’a récemment souligné un article de Frontiers in Science en réponse à la crise de la biodiversité, « la priorité absolue devrait être d’empêcher la perte de biomes, d’écosystèmes, de processus naturels et d’assemblages d’espèces intacts, car ils sont irremplaçables et ne peuvent pas être rapidement restaurés » (source en anglais).
La déclaration de l’Alberta n’est que de la poudre aux yeux; son annonce ne tient pas compte de sa propre loi sur les aires protégées. Le gouvernement fédéral doit respecter les critères relatifs aux AMCEZ et produire des rapports sur les résultats de conservation, pas seulement sur les pourcentages. Nous devons soutenir la gouvernance des terres par les Autochtones et atteindre l’objectif de protection des terres en conservant des écosystèmes sains et résilients, et freiner la perte et les extinctions de la biodiversité.