
Si les changements catastrophiques aux États-Unis se succèdent à un rythme effréné, nous aurions dû les anticiper. Les milliardaires et les libertariens antidémocratiques y travaillent depuis des décennies. (Photo : Gage Skidmore via Flickr)
La Terre, cette splendide planète bleue qui orbite autour du Soleil dans l’immensité du cosmos, nous procure tout ce dont nous avons besoin pour vivre et prospérer. Rien ne justifie la faim, la souffrance et la misère que nous nous infligeons les un.e.s aux autres, dans notre course effrénée vers… quel objectif, au juste?
Nous avons encore beaucoup à découvrir sur nous-mêmes et sur notre place dans l’Univers. Pourtant, nous possédons les connaissances, la science, la technologie ainsi que les solutions pour prendre soin les un.e.s des autres et pour résoudre de nombreuses crises mondiales.
Malheureusement, certaines personnes font passer leur pouvoir et leur richesse foisonnante avant le bien-être et la survie des autres. Ainsi, avec l’aide du système économique mondial, des milliardaires et des oligarques antidémocrates sabordent certains des progrès importants, mais limités, réalisés dans les dernières décennies. Ces personnes sont déterminées à assouvir leurs ambitions insensées au détriment de tout le reste du monde.
Si les changements catastrophiques aux États-Unis se succèdent à un rythme effréné, nous aurions dû les anticiper.
Prenons l’exemple d’Elon Musk, cet immigrant sud-africain qui, après avoir travaillé illégalement durant ses premières années aux États-Unis, fait maintenant partie de l’aile radicale en matière d’immigration (article en anglais). Il est parvenu à gagner un contrôle presque total sur le gouvernement des États-Unis (probablement avec l’aide de son ami, le dictateur russe Vladimir Poutine), pour ce qui n’est pour lui que de la menue monnaie (source en anglais). Il exerce désormais une influence directe sur les contrats gouvernementaux lucratifs, sur les possibilités qui s’offrent à la concurrence, sur l’embauche et le licenciement, entre autres.
Cependant, si les changements catastrophiques aux États-Unis se succèdent à un rythme effréné, nous aurions dû les anticiper. Les milliardaires et les libertariens antidémocrates y travaillent depuis des décennies. La plupart de ces changements sont imputables à l’industrie la plus lucrative de l’histoire : celle des combustibles fossiles.
Dans son livre At a Loss for Words, et plus particulièrement dans le chapitre portant sur les impôts, l’ancienne journaliste de la CBC, Carol Off, décrit en détail les efforts déployés dans les années 60 par les forces associées à l’argent obscur, dirigées par des industriels du secteur des combustibles fossiles. Ils visaient notamment à contester les règlements, en particulier ceux concernant l’environnement, et à supprimer les obstacles pour les entreprises en amenant la Cour suprême des États-Unis à statuer que les sociétés bénéficient des mêmes droits que les personnes. Le fossé entre riches et pauvres, qui tendait à se rétrécir depuis le New Deal du président Franklin Roosevelt, dans les années 30, a connu une croissance alarmante. Les 1 % les plus nanti.e.s possèdent maintenant plus de richesse que 95 % de la population mondiale.
Les milliardaires et les libertariens antidémocratiques y travaillent depuis des décennies.
En citant le travail de recherche de l’autrice de Democracy in Chains, Nancy MacLean, Off mentionne « un petit groupe de frères » qui, dans les années 70, ont créé « un plan complet pour un monde post-démocratique », que des personnes haut placées mettraient en œuvre. L’économiste politique James Buchanan, partisan du ségrégationnisme, était à l’origine de ce mouvement. Il soutenait que la démocratie et l’égalité étaient incompatibles avec le capitalisme.
Charles Koch et son défunt frère David, des barons du pétrole dont les entreprises sont notamment responsables de la transformation de la matière extraite des sables bitumineux de l’Alberta, ont fait de cette cause une priorité. Ils ont ainsi injecté des sommes colossales dans le lobbying politique, le financement de campagnes et dans de fausses organisations de base ou de « similitantisme » (astroturf en anglais). Leur objectif : protéger le capitalisme sauvage et le droit à la propriété privée au détriment des réglementations, des institutions et des programmes sociaux. Soulignons que les entreprises Koch traînent un lourd passé de violations environnementales (article en anglais).
« Ils [les frères Koch] ont proposé de démanteler l’Agence de protection de l’environnement, le FBI, la Food and Drug Administration ainsi que tous les programmes gouvernementaux en matière de santé, y compris Medicare et Medicaid. Ils souhaitent également abolir l’instruction obligatoire pour les enfants et les lois restreignant le recours au travail des enfants », rapporte Off.
Une sensation de déjà-vu? Off souligne les similitudes entre ces objectifs et les intentions définies dans le Project 2025 – la feuille de route actuelle du gouvernement états-unien. Cette initiative a été lancée par la Fondation Heritage, qui appartient à la famille Koch.
On observe une montée en puissance de l’autoritarisme antidémocratique, qui entraîne une augmentation des inégalités, de la pauvreté et des décès à l’échelle mondiale.
On observe une montée en puissance de l’autoritarisme antidémocratique, qui entraîne une augmentation des inégalités, de la pauvreté et des décès à l’échelle mondiale. Ce mouvement a politisé et rejeté les avancées nécessaires en matière de sciences de l’environnement, qui étaient pourtant largement acceptées par des personnes sensées de tous les horizons politiques. Ces avancées avaient d’ailleurs permis de purifier l’air et l’eau et de responsabiliser davantage les entreprises.
L’influence politique et médiatique, qui vise à faire gober à un public largement passif le mensonge absurde selon lequel les milliardaires et les oligarques seraient dans notre camp, peut être achetée grâce au pouvoir et à l’argent.
Le Canada, souvent perçu comme un modèle de « bonne citoyenneté mondiale », bénéficie d’un système politique relativement solide. L’économie est forte, la population instruite, la diversité valorisée. Cependant, les États-Unis nous rappellent que tout peut basculer en un clin d’œil. Nous ne pouvons pas laisser le même phénomène se produire ici.
Espérons que nos voisin.e.s du sud retrouveront leur chemin, qu’il s’agisse de protection de l’environnement ou de réduction des inégalités. D’ici là, nous devons nous assurer que le nord géographique demeure fort et libre. Sortons les coudes!