
Un banc d'anchois près de la baie de Semiahmoo attire une explosion de biodiversité.
Un immense banc d’anchois a récemment fait son apparition dans la baie Semiahmoo près de White Rock, en Colombie-Britannique, où il est resté environ une semaine (source en anglais). L’abondance de minuscules poissons a entraîné une explosion de biodiversité. Des milliers de goélands, de grèbes, de macreuses à front blanc et quelques lions de mer se sont réunis pour un festin d’anchois.
Pas moins de 100 phoques communs se sont également rassemblés, chassant apparemment en meute, un événement avec peu ou pas d’occurrences dans la littérature scientifique. C’était un spectacle faunique sorti tout droit d’un documentaire de David Attenborough, à une échelle que beaucoup de gens voient rarement de leurs propres yeux.
C’est une chose d’apprendre sur les relations prédateur-proie dans un film ou un livre, mais de faire l’expérience des interactions entre les espèces de manière si viscérale offre une meilleure compréhension de la façon dont tout est connecté. Dans ce cas précis, un grand nombre de poissons a attiré des oiseaux et des phoques, chacun ayant sa place dans le réseau du vivant. On n’a d’autre choix que de s’émerveiller devant une telle abondance de biodiversité.
L’émerveillement ressenti en observant la nature n’est pas politique.
La journaliste et autrice australienne Julia Baird décrit « l’émerveillement » comme la sensation qui fait que l’on se sent petit, mais plus connecté, souvent trouvée dans la nature, l’art ou la bonté humaine. « Quand vous voyez la beauté, l’immensité et la fragilité de la nature, vous voulez la préserver. Vous voyez ce que nous partageons et comment nous sommes connectés. Vous comprenez que vous êtes petit », écrit-elle dans Phosphorescence (sources en anglais).
L’émerveillement ressenti en observant la nature n’est pas politique. Nous pouvons trouver un sens de communauté et d’unité lorsque la curiosité et la fascination envers la beauté du monde naturel s’emparent de nous.
Si je le pouvais, je présenterais ce spectacle lors d’une tournée pancanadienne pour que plus de gens puissent vivre cette expérience. Une telle mission ne semble pas absurde à la lumière des conclusions d’une étude récente qui a examiné la connexion humaine à la nature. Nous savons que cette affinité a diminué avec chaque génération, diminuant de 60 % en 200 ans, selon une étude réalisée en 2025 par le professeur de sciences Miles Richardson de l’Université de Derby (source en anglais).
Peut-être encore plus alarmante, une étude menée en 2025 par des chercheuses et chercheurs suédois et japonais a révélé que l’amour de la nature n’est pas quelque chose d’inné (une hypothèse de longue date appelée « biophilie », popularisée par le grand biologiste E.O. Wilson). L’étude suggère plutôt qu’un nombre croissant de personnes ressentent de la peur, du dégoût ou de l’inconfort envers la nature (sources en anglais).
Si on ne se soucie pas de l’environnement naturel et si on ne se considère pas comme faisant partie de celui-ci, on ne se battra pas pour le préserver.
Ces chercheuses et chercheurs ont effectué une revue globale et systématique des articles scientifiques provenant de différentes disciplines (sciences de l’environnement, sciences sociales, psychologie). Leurs résultats suggèrent que les émotions humaines sont façonnées par notre environnement, y compris l’exposition à la nature et aux discours médiatiques.
Les médias peuvent jouer un rôle énorme, notamment en exagérant largement le risque que la faune représente pour la vie humaine, souvent au détriment de la nature sauvage. Les autrices et auteurs ont également constaté une tendance indiquant que les relations entre les humains et la nature se sont affaiblies au fil du temps. Ils ont attribué cela au fait qu’un contact réduit avec la nature et une connaissance limitée de celle-ci se renforcent mutuellement. Ces résultats ont du sens étant donné que la population mondiale est de plus en plus urbanisée et en ligne.
Comment pouvons-nous retrouver la biophilie? Cette question est essentielle pour la conservation. Je crains que nous perdions de la biodiversité à un rythme si rapide que beaucoup d’entre nous n’assisteront jamais à une scène comme celle observée dans la baie de Semiahmoo. Si on ne se soucie pas de l’environnement naturel et si on ne se considère pas comme faisant partie de celui-ci, on ne se battra pas pour le préserver. Cette tendance est déjà observable au Canada, alors que les partis politiques fédéraux et provinciaux font adopter des lois et des projets qui nuisent à la nature.
J’ai vu des gens devenir plus enthousiastes à l’égard de la nature simplement grâce au pouvoir de l’observation et de l’apprentissage.
Une solution consiste à augmenter activement nos connaissances et notre contact avec la nature. Je vois un peu d’espoir avec la science communautaire (également appelée « science citoyenne »). Elle prend de l’importance chaque année, avec des millions de personnes fournissant des données précieuses, notamment par le biais du projet l’Effet papillon de la Fondation David Suzuki et de la collaboration avec iNaturalist (source en anglais).
Fait important, une grande partie des données sont ouvertes et accessibles à toutes et à tous. J’ai vu des gens devenir plus enthousiastes à l’égard de la nature simplement grâce au pouvoir de l’observation et de l’apprentissage.
Tout aussi importants pour la science, les progrès de la puissance de calcul nous permettent de tirer le meilleur parti de cet énorme volume de données sur la biodiversité. Les chercheuses et chercheurs les analysent pour rechercher des tendances en étudiant, par exemple, les changements dans l’abondance et la répartition des animaux et des plantes et en acquérant une compréhension de l’importance des interactions entre les espèces. Cela est rendu possible par le simple fait de prêter attention au monde qui nous entoure.
Avoir un sentiment d’émerveillement envers la nature éclipse son propre sentiment d’importance et fournit un catalyseur essentiel pour agir collectivement afin de préserver quelque chose de beaucoup plus grand que nous-mêmes.