Le monde ne peut pas se permettre de continuer à construire des infrastructures pour les combustibles fossiles et à subventionner l'industrie la plus rentable de l'histoire.

Le monde ne peut pas se permettre de continuer à construire des infrastructures pour les combustibles fossiles et à subventionner l'industrie la plus rentable de l'histoire. (Photo : Engin Akyurt sur Pexels)

Le Canada offre l’un des plus généreux soutiens au monde à l’industrie des combustibles fossiles, mais les dirigeants du secteur en veulent plus.

Alors qu’ils accumulent des profits records, ils ont demandé au gouvernement de payer 75 % des milliards destinés aux installations de captage du carbone qui pourraient potentiellement éliminer certaines émissions de CO2 de l’atmosphère. (Des polluants comme les matières particulaires, l’oxyde d’azote et l’ammoniac seront tout de même émis, augmentant ainsi l’ incidence sur la santé et les coûts.)

Le gouvernement fédéral a annoncé un crédit d’impôt d’environ 50 % à 60 % des frais du projet de captage du carbone, et permet également aux entreprises de générer des crédits qu’elles pourront vendre selon la Norme sur les combustibles propres. Des représentants de l’industrie estiment qu’atteindre l’objectif de zéro émission de carbone, en grande partie grâce à son captage, pourrait coûter jusqu’à 75 G$ CA.

Les critiques disent que la combinaison de l’impôt et du crédit sur les combustibles propres est une « double comptabilisation ».

« C’est illogique que quiconque puisse obtenir un crédit pour la Norme des combustibles propres et un crédit d’impôt de 50 %, tout en pouvant déduire des redevances à une époque où les entreprises pétrolières amassent des montagnes d’argent » dit Keith Stewart de Greenpeace Canada au Times Colonist.

Il existe un meilleur moyen de ne pas rejeter dans l’atmosphère non seulement les émissions liées à l’exploitation, mais aussi celles qui proviennent de la combustion de combustibles fossiles : arrêter d’utiliser le charbon, le pétrole et le gaz! Les dirigeants de l’industrie vantent le captage du carbone, qui n’a pas encore donné de bons résultats, comme la preuve qu’ils réduisent les gaz à effet de serre. Mais ils ne tiennent pas compte d’une bien plus grande source de pollution qui altère le climat : la combustion de leurs produits. Dans de nombreux cas, le captage du carbone sert d’excuse pour continuer d’extraire – et de brûler – encore plus de combustibles fossiles.

Même si le captage, l’utilisation et le stockage du carbone constituent une solution éventuelle à la réduction des émissions, l’industrie devrait les développer et les payer. Pareillement pour le bouchage des puits abandonnés et orphelins qui émettent du méthane.

Aujourd’hui, le Canada ne compte que trois grandes installations de captage du carbone, dont deux en Alberta et une en Saskatchewan, qui sont toutes construites grâce à des sommes considérables provenant des fonds publics. Et on ne peut pas dire que ces installations changent grand-chose en ce qui a trait aux émissions.

Selon une enquête de Narwhal, le projet Boundary Dam de 1,5 milliard de dollars en Saskatchewan – dont 240 millions proviennent du gouvernement fédéral et le reste de la société d’État SaskPower – a capté seulement quatre mégatonnes de CO2 depuis sa mise en service en 2014, ce qui est bien loin de son objectif de capter une mégatonne par an. Le carbone capté est aussi utilisé aux fins de « récupération assistée du pétrole », c’est-à-dire qu’il est pompé dans des puits épuisés pour faire remonter davantage de pétrole à la surface.

En Alberta, le projet Quest de Shell devait capter 1,2 mégatonne de carbone par an, mais comme le souligne le Narwhal, « lorsqu’on tient compte du carbone rejeté par le projet, Quest élimine entre 736 000 tonnes et 897 000 tonnes par an en réductions nettes ».

Les industries pétrolière et gazière du Canada ont contribué à 191 mégatonnes d’émissions en 2019 – soit 26,2 % des émissions totales du pays – et elles veulent poursuivre leur expansion. L’extraction et le traitement du pétrole et du gaz constituent la plus grande source d’émissions du Canada et celle qui connaît la plus forte croissance dans l’ensemble. Encore une fois, cela ne comprend pas les émissions bien plus importantes liées à la combustion des combustibles fossiles.

Le captage du carbone peut être utile dans d’autres industries, comme la production de ciment, d’acier et d’engrais. Il y a donc lieu de poursuivre cette technologie, même si nous réduisons progressivement les combustibles fossiles.

Mais lorsque les dirigeants de l’industrie pétrolière se vantent de leurs énormes profits (le chef de la direction financière de BP, Murray Auchincloss a déclaré que « nous gagnons plus d’argent que nous ne savons quoi en faire »), que les gens paient plus cher pour l’essence et que tout est livré par des véhicules à carburant, il est consternant que ces dirigeants se permettent d’aller voir les gouvernements pour demander plus d’argent des contribuables.

C’est d’autant plus exaspérant qu’ils savent depuis des décennies que leurs produits polluent l’air, l’eau et les terres et causent la crise du climat.Mais ils continuent de minimiser ou de nier les problèmes tout en se développant, en amassant des billions de dollars et en enrichissant leurs actionnaires. Au lieu de leur en donner plus, les gouvernements devraient imposer leur bénéfice exceptionnel, comme plusieurs pays européens le font. Les organismes qui demandent un impôt sur les bénéfices extraordinaires affirment que le revenu devrait être redistribué aux collectivités et aux familles les plus affectées par la montée des prix et, ainsi, soutenir les travailleurs et les collectivités pendant une « transition juste ».

La science est claire. Le monde ne peut pas continuer de construire des installations de combustibles fossiles et subventionner l’industrie la plus rentable de l’histoire. Les investissements doivent être rapidement réorientés vers une utilisation et des sources d’énergie plus efficaces et plus propres.