Au moment où le Québec bannit le gaz fossile de projets de construction, les sociétés gazières ripostent. Elles veulent faire croire qu’elles font partie de la solution environnementale. Ce n’est pas le cas.

Au moment où le Québec bannit le gaz fossile de projets de construction, les sociétés gazières ripostent. Elles veulent faire croire qu’elles font partie de la solution environnementale. Ce n’est pas le cas. (Photo : Kwon Junho via Unsplash)

Le secteur des combustibles fossiles a utilisé de nombreuses stratégies au fil des ans pour rester rentable. Toutefois, ces gaz fossiles ne sont pas naturels et ne sont pas une solution aux changements climatiques. Voici pourquoi. 

Des données scientifiques qui montrent que la combustion de ces produits provoque le réchauffement de la planète ont été dissimulées. Des groupes de façade et des « expert.e.s » compromis ont semé le doute et la confusion quant aux preuves. Des activités de lobbying ont été menées auprès de politicien.ne.s qui ont reçu des contributions généreuses lors de leurs campagnes. Les dirigeant.e.s du secteur ont invariablement fait passer leurs propres intérêts avant la santé et la survie de l’humanité. 

Le secteur des combustibles fossiles a également largement recours à l’« écoblanchiment » et à un vocabulaire trompeur pour rallier des appuis pour ses produits destructeurs. Il suffit de penser au terme « gaz naturel ». Ce combustible fossile n’est pas plus naturel que le charbon ou le pétrole, et il est tout aussi destructeur. 

Compte tenu de l’inquiétude croissante que suscite la pollution par le pétrole et le charbon et les répercussions sur le climat, le secteur a intensifié sa campagne pour promouvoir le gaz fossile comme solution de rechange plus propre ou comme combustible « de transition » pendant que le monde se tourne vers l’énergie renouvelable. Un rapport publié en 2011 par la Fondation David Suzuki et l’Institut Pembina décrit en détail le caractère fallacieux de l’argument du combustible de transition, des conclusions partagées par des recherches plus récentes. 

Le secteur des combustibles fossiles a intensifié sa campagne pour promouvoir le gaz fossile comme solution de rechange plus propre ou comme combustible « de transition » pendant que le monde se tourne vers l’énergie renouvelable.

La société gazière de Colombie-Britannique, FortisBC, s’est jointe à d’autres – notamment Enbridge, TC Energy et ATCO Gas – pour former Fuelling Canada, un organisme créé par l’Association canadienne du gaz. Dans le cadre des efforts déployés par les sociétés gazières du monde entier, ces entreprises et organisations ont consacré des sommes considérables en publicité (souvent conçue pour ressembler à des articles de journaux) sur de nombreuses plateformes et médias. 

Au moment où le Québec et la ville de Vancouver se rallient à d’autres territoires dans le monde pour bannir le gaz fossile de nombreux projets de construction, les sociétés gazières ripostent. Ces dernières veulent faire croire aux consommateurs.trices qu’elles font partie de la solution environnementale aux bouleversements climatiques au moyen de publicités et d’articles vantant le gaz « propre », les combustibles « de transition » et le « gaz naturel renouvelable ». Ce n’est pas le cas. Le soi-disant gaz « naturel » est en fait un combustible fossile transformé composé presque entièrement de méthane, un gaz à effet de serre environ 80 fois plus puissant que le dioxyde de carbone à court terme. La majeure partie de ce gaz est maintenant obtenue par de vastes projets de fracturation hydraulique, soit par l’injection de grandes quantités d’eau, de produits chimiques et de sable dans des formations rocheuses pour les briser et permettre aux bulles de gaz piégées de s’échapper et de s’écouler dans des puits. Le méthane s’échappe dans l’atmosphère à chaque étape du processus (fracturation, traitement, transport et combustion dans les maisons et les bâtiments), bien plus encore que ce que le secteur et les gouvernements déclarent. 

Le soi-disant gaz « naturel » est en fait un combustible fossile transformé composé presque entièrement de méthane, un gaz à effet de serre environ 80 fois plus puissant que le dioxyde de carbone à court terme.

Le gaz naturel renouvelable est constitué principalement de méthane provenant de l’agriculture, des sites d’enfouissement ou d’autres déchets. Même s’il est moins nocif que le gaz extrait par fracturation, puisqu’il peut utiliser une partie du méthane qui s’échapperait autrement dans l’atmosphère et qu’il a des applications dans des secteurs difficiles à décarboner, il n’est pas à la hauteur des attentes. Par exemple, FortisBC offre aux client.e.s la possibilité d’être approvisionné.e.s en gaz naturel renouvelable, mais elle ne mentionne pas que les client.e.s actuel.le.s obtiennent le même gaz que tout le monde, qui est composé à plus de 99 % de gaz fossiles. 

Pour la climatisation et le chauffage, les thermopompes sont bien plus efficaces et moins coûteuses que le gaz. La consommation de gaz dans les maisons et les bâtiments cause également une dangereuse pollution intérieure, des émissions d’oxydes d’azote, de formaldéhyde, de monoxyde d’azote et de monoxyde de carbone pouvant subsister pendant des heures. Des études ont montré que ces émissions peuvent provoquer des insuffisances respiratoires comme une diminution de la fonction pulmonaire et de l’asthme, en particulier chez les enfants. 

Tara Kahan, chimiste à l’Université de la Saskatchewan, et ses collègues ont mesuré la pollution dans les maisons munies de cuisinières à gaz en 2017 et 2018. « Tous les chercheurs étaient horrifiés », a-t-elle déclaré à la CBC, ajoutant qu’elle avait remplacé sa cuisinière à gaz par un appareil électrique à induction. De nombreux.euses chef.fe.s passent également à des cuisinières à induction efficaces. 

Les bâtiments étaient la troisième source d’émissions de gaz à effet de serre en importance au pays en 2019, en grande partie à cause du chauffage des locaux et de l’eau. 

La solution à la crise climatique et aux émissions des bâtiments et des maisons – ainsi que l’ont montré des scientifiques et des expert.e.s du monde entier appartenant à des organisations et des institutions comme l’Agence internationale de l’énergie et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – n’est pas l’augmentation des combustibles fossiles; la solution repose plutôt sur l’électrification au moyen de l’énergie renouvelable et du stockage, ainsi que sur l’efficacité énergétique et la conservation de l’énergie. Comme le révèle une nouvelle étude de modélisation de la Fondation David Suzuki, il est tout à fait possible de le faire au Canada d’ici 2035. 

Nous ne pouvons pas continuer de recourir à la fracturation hydraulique, à la construction de pipelines, à l’expansion des sables bitumineux et à la mise en valeur de projets de pétrole, de gaz et de charbon si nous voulons éviter d’aggraver les effets des changements climatiques.

Comme le disent tous les scientifiques et les expert.e.s en énergie qui comprennent la crise climatique, nous ne pouvons pas continuer de recourir à la fracturation hydraulique, à la construction de pipelines, à l’expansion des sables bitumineux et à la mise en valeur de projets de pétrole, de gaz et de charbon si nous voulons éviter d’aggraver les effets des changements climatiques – et nous n’avons pas à le faire. 

Les solutions existent. Les gaz fossiles n’en font pas partie. 

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