Sauver le terrain vague du bitume

Jardin communautaire de Mobilisation 6600

Les jardins communautaires aménagés dans la friche ferroviaire de Viauville dans Hochelaga-Maisonneuve. (Photo : Annie Dussault via Résister et fleurir)

Mobilisation 6600 Parc Nature MHM – Résister et fleurir

Le groupe Mobilisation 6600 est composé de citoyen-nes d’Hochelaga-Maisonneuve, un quartier de l’est de l’île de Montréal qui compte une population croissante d’immigrant-es et de jeunes familles. Au sein de l’arrondissement se retrouve une friche composée de boisés, de marais et d’écosystèmes humides abritant une faune et une flore diverses que le groupe cherche à préserver et à protéger à tout prix.

Le problème, c’est que l’espace vert qui était il y a moins d’une dizaine d’années un lieu de pique-nique entre ami-es et une destination d’excursions familiales est menacé par plusieurs projets de construction qui visent à favoriser le transport ferroviaire, routier et maritime de cargaisons de produits agricoles pour exportation.

À l’est du boisé Vimont, un terrain de 2,5 millions de pieds carrés a été acheté en 2016 par la compagnie Ray-Mont Logistiques, qui prévoit de le transformer en une plateforme de transbordement de grains et de céréales pour exportation et un espace où seront entreposés jusqu’à 10 000 conteneurs. Le chantier, situé à proximité d’un CHSLD et d’un regroupement de coopératives de logement et où le transbordement de 100 wagons de trains et 1000 déplacements de camions par jour sont prévus, opérerait 24 heures par jour et 7 jours par semaine. À l’est, la prolongation envisagée des boulevards l’Assomption-Sud et Souligny couperait à travers le boisé Steinberg. Avec la potentielle remise en usage des rails du CN à l’est du terrain et la construction du viaduc du port de Montréal au sud, les habitant-es du quartier sont confronté-es à une augmentation de la pollution atmosphérique, de la concentration de poussières fines dans l’air et de la disparation des derniers espaces renaturalisés.

Le chantier, situé à proximité d’un CHSLD et d’un regroupement de coopératives de logement et où le transbordement de 100 wagons de trains et 1000 déplacements de camions par jour sont prévus, opérerait 24 heures par jour et 7 jours par semaine pour accueillir 1000 camions et 100 wagons par jour.

En 2021, une étude réalisée par l’Observatoire des milieux de vie urbains de l’UQAM a conclu que le sud de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve est l’un des pires exemples au monde en termes de cohabitation industrielle et résidentielle. Les membres du groupe tiennent à souligner qu’il ne s’agit pas d’un hasard que leur quartier, où le revenu moyen est considérablement en dessous de la moyenne de la Ville de Montréal, soit assailli par tant de projets polluants. « Disons que ça n’arriverait pas à Outremont, » ironise une militante, qui précise que le système capitaliste qui exploite les populations marginalisées en Occident se traduit par des politiques économiques oppressives contre les pays du Sud, contraint par le Nord d’accepter les biens qu’il exporte.

C’est face aux risques pour la santé publique et pour la perte de la biodiversité que les citoyen-nes d’Hochelaga-Maisonneuve se sont mobilisé-es à l’hiver 2017-2018. La première étape a été de réclamer une consultation publique pour entendre l’opposition de la population face aux projets annoncés. L’Office de consultation publique (OCPM) de la Ville de Montréal exigeait alors une pétition comprenant 5000 signatures sur papier (aujourd’hui, les signatures électroniques sont acceptées) afin de tenir une audience publique. Quelques bénévoles devenu-es militant-es ont fait du porte-à-porte pendant 3 mois en bravant le froid mordant et ont réussi à recueillir 6600 signatures. C’est ainsi que 5000 signatures pour MHM est devenue Mobilisation 6600.

À la défense des milieux naturels dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

Le groupe poursuit vaillamment ses combats. Ses principales revendications incluent désormais une consultation menée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), ainsi que la réappropriation du terrain de Ray-Mont Logistiques pour la décontamination par phytoremédiation, la protection de la friche ferroviaire du CN et du boisé Steinberg menacés par un poste de transformation électrique d’Hydro-Québec et la construction de nouvelles routes Souligny et Assomption-Sud. Il demande également la transformation de tous ces lieux en un parc-nature.

Les militant-es du groupe, issu-es d’une panoplie de milieux culturels et professionnels, ne manquent pas d’idées quant aux activités pour rassembler la population du quartier contre les injustices climatiques. Par exemple, des manifestations festives ont régulièrement lieu sur le territoire revendiqué sous forme de semaines d’actions, de chaînes humaines, de cabanes à sucre et d’activités diverses. L’aménagement d’un jardin communautaire dans un coin de la friche ferroviaire permet également aux gens d’échanger des astuces de jardinage et d’identification des espèces comestibles. Les conférences de planification urbaine, les ateliers d’arts et les séances d’éducation populaire conscientisent les habitant-es à la nécessité de la mobilisation citoyenne.

Les activistes ont organisé des corvées de ramassage de déchets avec la population itinérante, qui s’est dite apaisée par sa proximité à la nature, qui lui a offert un refuge temporaire contre la violence qu’elle vit quotidiennement dans les rues, avant d’être encore une fois évincée des lieux.

La vision de la justice climatique que Mobilisation 6600 veut véhiculer aux citoyen-nes se fonde sur une cohabitation harmonieuse entre les humains et la nature, ainsi que sur l’élimination des obstacles systémiques qui rendent les groupes marginalisés vulnérables aux pires effets de la crise climatique. Le groupe est particulièrement sensible à la répression des personnes sans-abris, qui se sont regroupées dans le boisé Steinberg en décembre 2020, après que le campement de Notre-Dame ait été démantelé par le Service de police de la Ville de Montréal. Les activistes ont organisé des corvées de ramassage de déchets avec la population itinérante, qui s’est dite apaisée par sa proximité à la nature, qui lui a offert un refuge temporaire contre la violence qu’elle vit quotidiennement dans les rues, avant d’être encore une fois évincée des lieux.

La lutte se poursuit contre le projet de Ray-Mont Logistiques

Préservation de la biodiversité, initiatives citoyennes, revitalisation environnementale, justice sociale… Les actions coordonnées par Mobilisation 6600 sont accessibles à tous et toutes, en plus de comporter un volet de désobéissance civile divertissant et expressif. Un artiste a érigé une statue avec des matériaux recyclables et des morceaux de bois de la friche. Baptisée « l’Esprit de la forêt », elle se tient fièrement sur la butte de terre qui sépare la friche ferroviaire et le terrain de Ray-Mont Logistiques. Elle symbolise la détermination du groupe à s’opposer aux développements prévus pour assurer la pérennité des derniers espaces verts d’Hochelaga-Maisonneuve.