Lorsque des avancées sont réalisées vers une société plus équitable et plus juste, elles sont souvent accueillies par des réactions négatives. Les réactions respectent un modèle bien connu : certaines personnes pensent que ces avancées vers l’égalité menacent leur pouvoir personnel et qu’elles doivent lutter pour le maintenir.

Au Canada et dans le monde, nous voyons de plus en plus de parties prenantes de l’industrie des combustibles fossiles et d’États pétroliers reproduire ce modèle où ils tentent, de façon violente, désespérée et destructive, de conserver leur domination sur le marché de l’énergie et d’étouffer les avancées en faveur du climat et de l’égalité au détriment de la santé humaine et planétaire. La violence persistante et croissante contre les personnes défendant l’eau et le territoire démontre que la suppression des droits des Autochtones est une des intentions fondamentales des États pétroliers et de l’industrie des combustibles fossiles. En fait, cette tactique est généralement adoptée par toutes les industries extractives.

C’est ce que montrent les récentes campagnes de désinformation sur la Declaration on the Rights of Indigenous Peoples Act (DRIPA), la loi de la Colombie-Britannique visant à mettre en œuvre l’article 19 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Ces campagnes gagnent du terrain dans la province, en partie en réponse à deux décisions récentes de la cour.

La récente décision Gitxaala c. Colombie-Britannique a conclu que le processus de jalonnement de concessions minières, qui peut être effectué en ligne par des personnes qui n’ont jamais mis le pied sur les terres qu’elles jalonnent, est illégal parce qu’il n’oblige pas les promoteurs à consulter les peuples autochtones avant de jalonner des concessions. Il ne s’agit pas d’une conclusion radicale ou nouvelle; le système minier à « entrée libre » a longtemps été critiqué partout au Canada, car il suppose que l’exploitation minière est l’utilisation la plus noble des terres, même si elle nuit aux gens et aux écosystèmes (sources en anglais).

Nikki Skuce et Tara Scurr affirment plutôt : « la plupart des Britanno-Colombien·nes s’entendent pour dire que le fait qu’une autorisation soit obligatoire pour mener des activités d’exploration minière est une attente fondamentale et raisonnable, que ce soit sur des terres autochtones ou sur une propriété privée. Cette décision de la cour devrait pousser le gouvernement de la Colombie-Britannique à harmoniser les exigences du régime de jalonnement minier de la province avec la DNUDPA, et à mieux équilibrer les intérêts miniers avec la protection de la biodiversité et d’autres priorités en matière d’utilisation des terres. »

Dans la décision Cowichan, le titre (propriété légale) de la terre a été restitué à la Nation en reconnaissance du fait que la terre lui avait été retirée illégalement. Depuis, la Nation Cowichan a affirmé à maintes reprises que la décision « ne conteste pas l’efficacité ou la validité d’un titre détenu par des propriétaires foncier·ères privé·es individuel·es. La décision n’annule pas la propriété privée. » Mais cela n’a pas empêché la propagation de la peur (sources en anglais).

Les peuples autochtones ne cherchent pas à s’emparer des terres comme on leur a enlevé les leurs. Ils souhaitent aider la terre et les gens à retrouver leur santé, leur productivité et leur abondance.

Les peuples autochtones ne cherchent pas à s’emparer des terres comme on leur a enlevé les leurs. Ils souhaitent aider la terre et les gens à retrouver leur santé, leur productivité et leur abondance. Cela inclut tous les peuples, où les communautés prospères réapprennent comment travailler et s’épanouir ensemble en fonction de ce qui fonctionne pour elles. La division et la rareté ne font pas partie de la vision autochtone du monde.

Au Canada, les droits des peuples autochtones ne sont pas nouveaux. Ils sont intégrés dans la Constitution du Canada et la précèdent. Selon le Canada, « les peuples autochtones entretiennent une relation constitutionnelle particulière avec la Couronne. […] L’article 35 contient un large éventail de droits et promet que les nations autochtones deviendront partenaires de la Confédération sur la base d’une réconciliation juste et équitable entre les peuples autochtones et la Couronne. »

Ce qui est relativement nouveau, c’est que le Canada a finalement reconnu que le fondement de la colonisation des peuples autochtones, c’est-à-dire les doctrines papales de la découverte et de terra nullius, qui accordaient aux Européens une justification autoadministrée pour revendiquer la souveraineté sur les terres occupées par des non-chrétiens, sont non seulement fausses, mais « racistes, scientifiquement fausses, juridiquement sans valeur, moralement condamnables et socialement injustes ».

Les décisions récentes représentent un changement de direction attendu depuis longtemps vers le respect de la Constitution canadienne et la reconnaissance des droits autochtones; une correction de la trajectoire historique du Canada qui a permis aux peuples colonisateurs et leur descendance de s’enrichir grâce à la propriété foncière et à l’extraction des ressources, tandis que les peuples autochtones ont été forcés d’habiter dans les réserves et exclus des processus décisionnels en matière de gouvernance foncière.

La Constitution reconnaît les peuples autochtones en tant que partenaires, ce qui exige un engagement en faveur de l’équité et du partage.

La Constitution reconnaît les peuples autochtones en tant que partenaires, ce qui exige un engagement en faveur de l’équité et du partage. Cela n’est toujours pas mis en place à ce jour, mais nous avons maintenant une occasion collective de créer ensemble un avenir meilleur, dans lequel la compétence autochtone est reconnue, les processus décisionnels sont modifiés (une voie sur laquelle nous sommes déjà engagé·es grâce à la cause des impacts cumulatifs remportée par les Premières Nations de Blueberry River), la souveraineté est maintenue et des modèles de cogouvernance sont établis et adoptés (source en anglais).

Nous ne devons pas tomber dans le piège raciste qui oppose les peuples autochtones au grand public et nous devons nous demander qui bénéficie de cette propagande. Comme l’écrit Adam Olsen de la Première Nation de Tsartlip en réponse aux remarques incendiaires du chef intérimaire du Parti conservateur de la Colombie-Britannique, la voie vers un Canada plus juste « comprend des ententes négociées, une gouvernance coopérative et un alignement juridique » (source en anglais). Pas si effrayant après tout.

La Fondation David Suzuki se réjouit de s’engager sur cette voie.