Le Canada devrait construire un réseau connecté (en anglais), développer des énergies renouvelables moins coûteuses et plus efficaces et électrifier l’économie, ce qui améliorerait considérablement l’efficacité énergétique.

Nous savons que le rejet de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, principalement en brûlant des combustibles fossiles, est le principal moteur de l’accélération rapide du réchauffement planétaire, et que le dioxyde de carbone peut rester dans l’atmosphère pendant des milliers d’années. Toutefois, une partie de ce gaz est absorbée par les plantes, le sol et l’eau dans ce que l’on nomme le cycle du carbone.

Cela signifie-t-il que l’utilisation de la technologie pour éliminer le CO2 de l’atmosphère est une solution viable ou nécessaire au changement climatique (source en anglais)? Les compagnies pétrolières et gazières et les figures politiques qui les soutiennent le croient, et elles misent votre argent sur ce système.

Une entente entre les gouvernements du Canada et de l’Alberta et cinq compagnies pétrolières prévoit des incitatifs importants, y compris du financement et des crédits d’impôt à l’investissement, pour le projet Pathways (dont le coût pourrait atteindre 30 milliards de dollars ou plus) pour le captage, le transport et le stockage des émissions des sables bitumineux. Le projet fait partie d’une entente visant à construire un pipeline de plusieurs milliards de dollars financé par les contribuables pour transporter le bitume dilué des sables bitumineux de l’Alberta vers la côte sud de la Colombie-Britannique.

Et la plupart des émissions, environ 80 %, proviennent de la combustion finale, et non de la production.

Comme l’indique l’Institut Pembina, « le secteur pétrolier et gazier n’a pas besoin d’autres incitatifs pour effectuer ou développer ses activités, car les moteurs du marché devraient en être la base » (source en anglais).

Le plan fait partie d’une série d’incitatifs visant à stimuler la production pétrolière et à utiliser les émissions de carbone captées lors de la production pour la « récupération assistée des hydrocarbures », c’est-à-dire l’injection de CO2 dans les champs pétrolifères épuisés pour extraire encore plus de pétrole.

Toutes les agences climatiques internationales et tous les organismes scientifiques ont déclaré qu’il n’est pas possible de continuer l’exploration ou le développement du gaz, du pétrole et du charbon si nous voulons éviter que les températures moyennes mondiales augmentent au-delà de niveaux catastrophiques.

Même les projections les plus optimistes indiquent que l’installation Pathways ne captera que six millions des 92 millions de tonnes de CO2 produites par année par les sables bitumineux d’ici 2035. Comme le rapporte le Pembina Institute, « les émissions de sables bitumineux ont augmenté de 177 % depuis 2005 et devraient continuer à augmenter » si le nouveau pipeline est construit et si la production augmente (source en anglais).

Et la plupart des émissions, environ 80 %, proviennent de la combustion finale, et non de la production (source en anglais). Comme une grande partie du bitume canadien est exporté, les émissions associées à la combustion ne sont pas comptabilisées dans celles du Canada.

Le Canada n’est pas le seul pays à demander aux contribuables de subventionner cette technologie qui n’a pas fait ses preuves, qui est risquée, qui consomme beaucoup d’énergie et qui n’est vraiment pas efficace.

Les sables bitumineux de l’Alberta sont la source d’émissions la plus importante au Canada, soit environ 13 %, et elle est en croissance (source en anglais). Le pétrole et le gaz représentent globalement 30 % des émissions. L’indice Oil-Climate du Carnegie Endowment montre que « les sables bitumineux génèrent 2,2 fois plus d’émissions par baril que le reste du pétrole brut extrait en Amérique du Nord » (source en anglais).

Compte tenu de la production et de la consommation, il est clair que le projet Pathways contribuera à augmenter les émissions, nourrissant encore plus le réchauffement et les conséquences associées, comme les dômes de chaleur, les feux de forêt, les inondations, les sécheresses, l’extinction des espèces et les crises migratoires.

Le Canada n’est pas le seul pays à demander aux contribuables de subventionner cette technologie qui n’a pas fait ses preuves, qui est risquée, qui consomme beaucoup d’énergie et qui n’est vraiment pas efficace. Les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie pompent également des fonds publics dans des projets de captage du carbone (sources en anglais).

L’industrie pétrolière et gazière s’efforce depuis au moins 20 ans de vendre le captage du carbone comme moyen de continuer à extraire son produit qui pollue et modifie le climat. Une enquête menée par ProPublica et Drilled a révélé que le géant pétrolier britannique BP avait « influencé de façon significative » une étude largement citée réalisée en 2004 par l’Université de Princeton qui « a exagéré la disponibilité opérationnelle du captage et du stockage du carbone » et « a embelli les faits » (source en anglais).

Une étude de Petroleum Research conclut que « le recours au CSC en tant que solution climatique fondamentale est profondément déficient, surtout lorsqu’il existe des stratégies plus évolutives et immédiates » et que c’est « un détour utilisé pour justifier l’exploitation continue des infrastructures de combustibles fossiles ».

Il est insensé que des compagnies de combustibles fossiles récoltant déjà des sommes astronomiques soient autorisées à continuer de mettre la vie en danger en développant inutilement leur industrie mortelle.

L’enfouissement de quantités énormes de CO2 comporte également des risques environnementaux, notamment la contamination de l’eau potable, les potentielles fuites toxiques provenant des pipelines et des installations de stockage, et même l’activité sismique (source en anglais).

Il existe de meilleures façons de réduire immédiatement les émissions, et il existe également de meilleurs projets d’intérêt national.

Le Canada devrait construire un réseau connecté (en anglais), développer des énergies renouvelables moins coûteuses et plus efficaces et électrifier l’économie, ce qui améliorerait considérablement l’efficacité énergétique. Des politiques telles que la tarification du carbone et le plafond des émissions sont également efficaces, mais le gouvernement fédéral a abandonné l’imposition d’un plafond aux émissions et a réduit son ambition en matière de tarification du carbone. La protection et la restauration des systèmes naturels qui séquestrent le carbone, tels que les forêts et les milieux humides, sont également des solutions plus efficaces et plus rentables.

Il est insensé que des compagnies de combustibles fossiles récoltant déjà des sommes astronomiques soient autorisées à continuer de mettre la vie en danger en développant inutilement leur industrie mortelle. Que ces dernières et les politicien·nes qui les soutiennent s’attendent à ce que nous les aidions à payer est inadmissible et suicidaire!