Jardin canot de l'Effet papillon. (Photo : Jode Roberts)

Jardin canot de l'Effet papillon. (Photo : Jode Roberts)

Au Canada, le mois de février n’est pas connu pour son abondance. Les jours sont courts, le sol est gelé et la croissance n’est qu’un souvenir lointain. Et pourtant, sous la surface, les racines survivent et les graines attendent. Une grande partie du travail de restauration de la nature commence de cette façon; discrètement, avant que quoi que ce soit ne soit visible.

Et c’est important, parce que les pollinisateurs sont en difficulté. Les abeilles sauvages, les papillons et autres insectes disparaissent en raison de la perte d’habitat, de l’utilisation de pesticides, des changements climatiques et de la fragmentation constante des paysages dont ils dépendent. Les pollinisateurs favorisent des écosystèmes et des systèmes alimentaires sains, et leur déclin indique que notre relation avec le monde naturel est déséquilibrée.

Une étude internationale récente a identifié la perte d’habitat comme étant l’un des principaux moteurs du déclin de la biodiversité dans le monde entier (source en anglais). En termes simples, lorsque nous remplaçons des paysages diversifiés par de l’asphalte, du gazon et du béton, la nature en souffre. C’est de l’écologie 101.

En termes simples, lorsque nous remplaçons des paysages diversifiés par de l’asphalte, du gazon et du béton, la nature en souffre.

Il est surprenant, toutefois, de voir l’origine de certaines solutions. Elles ne se limitent pas à des zones sauvages reculées ou à des réformes politiques radicales, aussi importantes soient-elles. De plus en plus, elles prennent forme dans les quartiers, les arrière-cours et le long des boulevards.

Le projet l’Effet papillon (Butterflyway en anglais) de la Fondation David Suzuki est né il y a près de dix ans de la croyance que les gens « ordinaires » peuvent contribuer à restaurer l’habitat en transformant les lieux où ils vivent, travaillent et se rassemblent. Le projet transforme la restauration en quelque chose de tangible et, pour plusieurs, de véritablement joyeux.

Elles ont planté des fleurs sauvages indigènes, organisé des échanges de plantes et de graines et transformé des espaces ordinaires en habitat pour les abeilles sauvages, les papillons et autres pollinisateurs.

La première cohorte de patrouilleuses et patrouilleurs bénévoles a été formée en 2017, et depuis, des milliers de personnes au Canada ont mis cette idée en pratique. Elles ont planté des fleurs sauvages indigènes, organisé des échanges de plantes et de graines et transformé des espaces ordinaires en habitat pour les abeilles sauvages, les papillons et autres pollinisateurs. En cours de route, elles ont également tissé des amitiés, partagé des connaissances et redécouvert le simple plaisir de regarder quelque chose pousser.

Le projet l’Effet papillon entame sa 10e année. Il est passé d’une expérience à l’échelle d’un quartier à un mouvement national fondé sur la science et le leadership communautaire.

La science derrière ce travail est simple. La recherche démontre constamment que les plantes indigènes sont beaucoup plus efficaces que les espèces non indigènes pour soutenir les pollinisateurs (source en anglais). De nombreux insectes dépendent de plantes hôtes en particulier pour compléter leur cycle de vie. Pas de plante hôte, pas de chenilles. Pas de chenilles, pas de papillons.

Des études démontrent également que même de petites parcelles d’habitat peuvent faire une différence lorsqu’elles sont proches d’autres parcelles (source en anglais). Un seul jardin aide. Un réseau de jardins augmente les chances.

C’est là que le modèle de l’Effet papillon se démarque. Les bénévoles ne font pas que planter des jardins isolés et se croiser les doigts. Elles et ils visent la création de corridors de pollinisateurs, c’est-à-dire des groupes d’au moins douze jardins d’habitat qui, ensemble, forment des réseaux vivants offrant nourriture et abris. Ces espaces connectés aident à compenser la fragmentation dans les villes et les banlieues.

Les insectes ne sont pas les seuls à en bénéficier. La recherche établit un lien entre l’accès des gens aux espaces verts et une meilleure santé mentale ainsi qu’une plus grande résilience face au dérèglement climatique. Le fait de restaurer la nature restaure souvent des aspects sociaux également. Il s’avère que les jardins sont d’excellents sujets de conversation, surtout quand les gens demandent pourquoi vous prenez soin de plantes qu’on leur a appris à tondre.

Les corridors de pollinisateurs sont créés grâce à des relations. Les patrouilleuses et patrouilleurs font partie d’un réseau national, mais la vraie magie se produit localement. Les gens recrutent leurs proches. Les voisinages se regroupent. De nombreux corridors de pollinisateurs commencent par une seule conversation et se développent grâce à la confiance et un effort partagé. La joie est contagieuse.

Plusieurs bénévoles y participent intensivement pendant une saison. D’autres y participent depuis les tout débuts. Beaucoup prennent un pas de recul quand la vie devient occupée et reviennent quand c’est possible. Cette flexibilité permet aux gens de demeurer liés au fil du temps tout en prenant soin des endroits qu’ils considèrent comme leur maison.

L’implication dans le projet l’Effet papillon ne répond pas à un modèle unique. Partout au Canada, les patrouilleuses et patrouilleurs créent des jardins d’habitat, animent des ateliers et des promenades, organisent des événements communautaires, défendent des politiques municipales favorables aux pollinisateurs et créent des ressources locales pour transmettre les connaissances.

Plusieurs mettent en œuvre de grands projets visibles. D’autres contribuent de manière plus discrète, mais tout aussi importante : entretenir un jardin, partager des graines avec leur voisinage ou aider quelqu’un d’autre à créer son propre jardin. Au fil du temps, ces actions s’additionnent. Un jardin mène à un autre. Une conversation mène à plusieurs.

La nature est remarquablement résiliente lorsqu’on lui en donne la chance. Il en va de même pour les gens et les communautés qui se réunissent pour en prendre soin. Et ce travail partagé permet à la joie de croître.

La nature est remarquablement résiliente lorsqu’on lui en donne la chance. Il en va de même pour les gens et les communautés qui se réunissent pour en prendre soin. Et ce travail partagé permet à la joie de croître.