
La motivation de ces ornithologues était d’avoir la chance de voir cette espèce pour la première fois au Canada. Mais l’enthousiasme de la foule dénote un lien beaucoup plus profond avec la nature.
Le jour de Noël, un gobemouche de la taïga est apparu à Vancouver (source en anglais). La visite de cet oiseau assez ordinaire en apparence est exceptionnelle, car il s’agissait de la première occurrence en Colombie-Britannique et au Canada. Il passe normalement l’hiver en Asie du Sud. Il est peut-être arrivé sur un navire ou le vent l’a peut-être fait dévier de sa trajectoire.
Ce qui est encore plus remarquable, c’est la foule de gens passionnés de partout au Canada et aux États-Unis qui se sont réunis dans le West End de Vancouver pour espérer le voir (source en anglais). Plusieurs personnes sont revenues à maintes reprises, et beaucoup ont attendu des heures pour l’observer.
La motivation de ces ornithologues était d’avoir la chance de voir cette espèce pour la première fois au Canada. Mais l’enthousiasme de la foule dénote un lien beaucoup plus profond avec la nature.
Nous, les humains, ne sommes pas très doués pour évaluer la valeur d’autres espèces, parce que nous les voyons largement selon notre perspective humaine.
Les figures politiques justifient rarement une décision en disant qu’elle est bonne pour la nature. Le projet de nouveau pipeline reliant les sables bitumineux de l’Alberta à la côte de la Colombie-Britannique à la fin de l’année dernière a suscité des inquiétudes, car il faudrait lever un moratoire sur les pétroliers au large de la côte nord. Mais l’opposition la plus forte à la levée de l’interdiction était fondée sur le risque qu’un déversement poserait pour l’industrie, l’économie et les modes de vie autochtones. Les principaux partis politiques n’ont pas défendu le moratoire parce que sa levée mettrait la nature en danger, et ils n’ont pas non plus mentionné l’importance de la conservation de la flore et de la faune locales.
L’écrivain et naturaliste américain Henry Beston a écrit sur la nécessité d’« une notion plus sage et peut-être plus mystique des animaux. […] Nous les traitons avec condescendance en raison de leur incomplétude et de leur tragique destin d’être si inférieurs à nous. Et en ceci nous nous trompons, nous nous trompons grandement. Car l’homme n’est pas la mesure de l’animal. Dans un monde plus vieux et plus complet que le nôtre, ils évoluent finis et complets, dotés d’extensions de sens que nous avons perdues ou jamais atteintes » (source en anglais).
Nous, les humains, ne sommes pas très doués pour évaluer la valeur d’autres espèces, parce que nous les voyons largement selon notre perspective humaine.
Nous avons déjà imaginé des moyens de quantifier ou de mettre un prix sur la nature en développant des systèmes basés sur la « comptabilisation du capital naturel » (source en anglais) et sur les « atouts de la biodiversité ». Toutefois, ces mesures n’ont pas réussi à inverser le déclin.
Mais pourquoi devons-nous attribuer à la nature une valeur économique et axée sur l’humain pour que nous la valorisions enfin?
Un rapport de 2026 du programme pour l’environnement des Nations Unies a révélé que pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 $ US sont dépensés pour la détruire, et ce, malgré le fait que de nombreuses études démontrent les bienfaits de la nature sur la santé humaine, notamment des améliorations au niveau des fonctions cognitives, de l’humeur et de la santé mentale (sources en anglais).
Certaines études portent spécifiquement sur les bienfaits de l’observation des oiseaux pour la santé physique et mentale chez l’humain. Par exemple, une étude récente publiée dans la revue Landscape and Urban Planning a révélé que l’observation des oiseaux réduisait la tension artérielle et la fréquence cardiaque chez les personnes participantes. Le bien-être mental autodéclaré, évalué par les questionnaires, était également plus élevé après les sorties (source en anglais).
Mais pourquoi devons-nous attribuer à la nature une valeur économique et axée sur l’humain pour que nous la valorisions enfin?
Le recensement annuel des oiseaux de Noël a lieu chaque année en Amérique du Nord depuis plus de 125 ans. C’est l’un des premiers exemples de science communautaire; un mouvement qui mobilise maintenant des milliers de personnes dans le monde entier pour la science, grâce en grande partie à la technologie. La valeur de l’ensemble de données sur le recensement des oiseaux ne réside pas seulement dans son exhaustivité (de nombreux points d’échantillonnage), mais aussi dans sa longévité (échelle temporelle). Les données recueillies de décembre à janvier chaque année ont été utilisées pour suivre les tendances en matière de diversité des oiseaux ainsi que les changements dans la répartition spatiale dans les zones d’échantillonnage.
Nous ne sommes pas seul·es; nous sommes une force croissante de personnes intéressées et enthousiastes qui se soucient profondément du sort de toutes les formes de vie qui partagent notre planète.
Les adeptes doivent souvent endurer des vents glacés, de la pluie et de la neige pour effectuer correctement les relevés dans la plus grande partie possible de leurs zones désignées afin de garantir l’exhaustivité des données. Les connaissances et la passion de ces personnes dévouées sont stupéfiantes. Leur expertise leur permet de distinguer les goélands en fonction de différences subtiles et d’identifier diverses espèces de moineaux en fonction de leurs chants.
L’an dernier, plus de 83 000 personnes au Canada, aux États-Unis, en Amérique latine et aux Caraïbes ont participé au recensement annuel. Ces nombres suggèrent que les gens sont passionnés par la nature. Nous ne sommes pas seul·es; nous sommes une force croissante de personnes intéressées et enthousiastes qui se soucient profondément du sort de toutes les formes de vie qui partagent notre planète.
Nous devons nous concentrer à nouveau sur la reconstruction et la revitalisation du mouvement environnemental pour inclure les efforts multigénérationnels visant à arrêter et inverser ce qui se passe en ce moment, c’est-à-dire la plus grande d’extinction de l’histoire de la Terre.