Pour la rentrée, un million d’usagers réclament un coup de barre de la part du ministre Lessard

Montréal et Québec, le 8 septembre 2016 — Des usagers des transports collectifs de plusieurs régions du Québec, accompagnés des représentants de TRANSIT, l’Alliance pour le financement des transports collectifs au Québec, se sont réunis en cette période de rentrée pour dénoncer des années de promesses non tenues et de dégradation des services de transports collectifs, partout au Québec. Diminution des services interurbains dans les régions éloignées, saturation des réseaux de transport collectif au cœur des grandes villes, fréquence insuffisante et service anémique en dehors des heures de pointe dans les couronnes, immobilisme dans les grands projets sous la responsabilité du gouvernement du Québec : un million d’usagers des transports collectifs en appellent à Laurent Lessard, nouveau ministre des Transports et de la Mobilité durable, pour donner le coup de barre qui s’impose.

Une situation qui se dégrade partout au Québec

Alors qu’ils contribuent à la lutte contre les changements climatiques et à faire du Québec une société plus prospère et en meilleure santé, les usagers des transports collectifs ont le sentiment d’être négligés par le gouvernement. « Nous en avons assez de devoir embarquer dans des métros et des autobus bondés », s’indigne Anne-Sophie Doré, usagère du transport en commun à Montréal. « On parle de la congestion liée aux travaux sur les routes, mais pour les usagers du transport en commun, c’est tous les jours la classe sardine. »

Les usagers et les organisations déplorent la stagnation de l’offre, voire sa diminution. Justine Brassard-Méthot, utilisatrice du transport en commun à Lévis, invite le gouvernement du Québec à faire les bons choix. « Je dois composer avec un service qui est inadéquat en dehors des heures de pointes. Les trajets ne sont pas toujours adaptés à mes déplacements et la liaison entre la ville de Québec et celle de Lévis est difficile. Je souhaite que le gouvernement du Québec priorise le projet de SRB et ne cède pas à la tentation de construire un troisième lien puisque ce n’est pas la bonne voie à suivre. »

Le REM, un projet prometteur, mais sans impact pour la grande majorité des usagers du Québec

Les usagers et les organisations notent que le projet de Réseau électrique métropolitain (REM) piloté par la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui prend actuellement toute la lumière, ne concerne qu’une minorité d’usagers des transports collectifs. « Le REM ne changera rien, ni en Gaspésie, ni à Québec, ni sur la ligne orange du métro de Montréal », rappelle Philippe Cousineau Morin, coordonnateur aux affaires publiques à Transport 2000 Québec.

Pour les usagers et les organisations, le projet de REM masque une détérioration générale de la situation des transports collectifs au Québec, attribuable en bonne partie au manque d’engagement et de leadership du gouvernement du Québec dans ce domaine. Ils soulignent que le gouvernement du Québec ne peut pas abdiquer sa responsabilité envers tous les usagers et se placer dans une position strictement attentiste, d’autant plus dans un contexte de lutte contre les changements climatiques. « En 2016, le MTMDET n’a toujours pas d’objectifs de réduction des GES, pas d’objectif de réduction de la consommation de pétrole et aucun objectif d’augmentation de la part modale des transports collectifs au Québec. Le ministère ne peut plus se cacher. Ce n’est pas le REM qui va permettre à lui seul d’atteindre la cible que le Québec s’est fixée pour 2030 », avertit Karel Mayrand, directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki et membre du comité conseil sur les changements climatiques du gouvernement du Québec.

Un manque de leadership et des projets qui ne se réalisent pas

Partout au Québec, les villes sont en attente d’un leadership gouvernemental pour relancer le développement du transport en commun. Les usagers et les organisations déplorent notamment que les ambitieux projets de relance des transports collectifs issus des Plans d’aménagement et de développement des régions de Montréal et de Québec n’aient eu, pour la plupart, aucune suite.

À Montréal, l’année du transport collectif annoncée pour 2015 est restée lettre morte. « On est sans nouvelle du prolongement de la ligne bleue. Pour le SRB Pie IX, le mot « retard » n’est même plus adéquat », se désole Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville.

À Québec, le projet de réseau en site propre s’enlise depuis des années en l’absence de signal gouvernemental clair quant à son financement. « En attendant l’argent du gouvernement, il ne se passe rien, ni pour un tramway ou un SRB, ni pour améliorer le service ailleurs sur le territoire », renchérit Etienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables. Ce dernier rappelle que les augmentations de l’offre de service des dernières années ont été réalisées, faute d’argent neuf, en coupant dans l’amplitude et dans la fréquence de certains départs, voire en coupant carrément certains parcours moins achalandés.

Des années de promesses politiques sans lendemain : le nouveau ministre a l’occasion de laisser sa marque

« La rentrée 2016 marque la 5e année sans Politique québécoise des transports collectifs », rappelle Philippe Cousineau Morin. « Du côté du fédéral, on n’a pas attendu pour déployer des efforts importants en faveur de la mobilité durable. À l’inverse, pour le gouvernement du Québec, les transports collectifs semblent relégués au bas de la liste des priorités à court terme. »

Malgré l’augmentation des besoins, les budgets consacrés par Québec au transport collectif n’ont pas été actualisés depuis des années. Les usagers et les organisations déplorent que le gouvernement du Québec surfe depuis longtemps sur des politiques périmées pour vanter son leadership en matière de lutte contre les changements climatiques, tout en prétendant donner la priorité aux transports collectifs.

« Nous attendons depuis des années qu’un coup de barre soit donné par le gouvernement du Québec. En l’absence d’alternatives de mobilité durable, le parc automobile croit à un rythme deux fois plus rapide que la population. La congestion routière est devenue la norme ! », s’indigne Karel Mayrand. « Il est évident que l’électrification des transports ne suffira pas à inverser cette tendance. Un virage décisif doit être pris en faveur des transports collectifs et le MTMDET est le principal obstacle à un tel changement de paradigme. »

« En transport collectif, il est plus que temps que le gouvernement du Québec donne aux villes des objectifs clairs, et les moyens pour les atteindre », exhorte Christian Savard. Au-delà du projet de REM, les usagers et les organisations attendent du gouvernement du Québec des décisions structurantes et une contribution suffisante et garantie au développement de l’offre en transport collectif, partout au Québec.

Une politique québécoise de mobilité durable d’ici la fin 2016

L’Alliance, qui a sollicité une rencontre avec le ministre Lessard dès sa nomination, offre son entière collaboration pour accompagner le gouvernement du Québec dans le développement d’une politique de mobilité durable digne du 21e siècle, qui traduit une vision progressiste des transports avec des objectifs clairs.

Pour lire la lettre envoyée au ministre Lessard : https://www.transitquebec.org/2016/08/lettre-au-nouveau-ministre-des-transports-laurent-lessard/

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À propos de TRANSIT

Depuis sa création en août 2011, TRANSIT a fait état de plusieurs recommandations pour pallier la crise des transports et aider le gouvernement et les organisations de transports collectifs à atteindre leurs objectifs d’achalandage d’ici 2020, dont le rééquilibrage des investissements en transports (30 % aux transports collectifs), multiplier par cinq le financement du développement de l’offre de service en transport collectif via le Fonds vert et l’utilisation du Fonds Chantiers Canada pour financer les projets de transports collectifs au Québec.

Renseignements :
Olivier Lapierre
514.583.3868
Olapierre@copticom.ca

 

FICHE TECHNIQUE

Transports collectifs : le projet de REM masque la dégradation du niveau de service partout au Québec

Une 5e rentrée consécutive sans nouvelles pour l’amélioration des services de transports collectifs

En 2016, le gouvernement fédéral a bonifié un programme d’infrastructures généreux en ajoutant près d’un milliard de dollars pour les transports collectifs du Québec pour les 3 prochaines années. La phase II du même programme, pour les dix prochaines années, sera annoncée prochainement. À Québec, tous les œufs sont mis dans le panier de la Caisse de dépôt, pendant que les services se dégradent ou stagnent partout sur le territoire. L’amélioration des services a été mise au rencart depuis 5 ans.

Ministres qui se sont succédés depuis que la Politique québécoise du transport collectif est échue en 2011

  • Sam Hamad (2011)
  • Pierre Moreau (2011-12)
  • Sylvain Gaudreau (2012-2014) — Stratégie de mobilité durable, avec report du cadre financier
  • Robert Poëti (2014-2016)
  • Jacques Daoust (2016)
  • Laurent Lessard (2016)

Des engagements, des plans, des consultations qui ne se réaliseront jamais faute de financement en transports collectifs

  • 2009-2010 : Consultations sur le Plan de mobilité durable de la Ville de Québec
  • 2011 : Plan métropolitain d’aménagement et de développement de la région de Montréal : 23G$ de projets en transports collectifs d’ici 2020
  • 2011: Le Plan de mobilité durable recommande la réalisation d’un tramway à Québec au coût de 1,5 G$, livré en
  • 2016; Plan métropolitain d’aménagement et de développement de la région de Québec
  • 2012 : Consultation sur le financement des transports collectifs — Recommandations de la région métropolitaine au gouvernement pour assurer le financement des projets
  • 2013 : Exercice de priorisation de la CMM pour déterminer les projets de transports collectifs prioritaires : 14G$ de projets sur la décennie
  • 2015 : Engagement du maire Coderre à faire de l’année 2015, l’année des transports collectifs
  • 2015 : Le gouvernement du Québec adopte une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre de -37,5% (sous le niveau de 1990) pour 2030. Le transport est la source n°1 des émissions de GES (45%) et le seul secteur qui n’a, à ce jour, pas contribué aux efforts de lutte contre les changements climatiques (+25% d’émissions depuis 1990).
  • 2015 : Étude de faisabilité recommandant un SRB à Québec et Lévis au coût de 1,3 G$, livré en 2025.
  • 2015 : baisse de 3% de l’achalandage à Québec, après stagnation de l’achalandage à 46 M de déplacements entre 2012 et 2014
  • Janvier 2016, municipalités, gens d’affaires et écologistes, réunis sous l’Alliance SWITCH, ont réclamé un plan d’action gouvernemental en transport pour réduire les GES et favoriser une économie verte .
  • 2016 : Le gouvernement du Québec dépose un projet sur la politique énergétique visant à atteindre les objectifs ambitieux de réduction d’émissions de GES; la contribution du ministère des Transports est inexistante.

Des acteurs de tous les milieux qui attendent toujours l’action du gouvernement en transport collectif

  • « Les transports collectifs sont sous-financés » : Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Fédération des travailleurs du Québec, AQTIM, Laval, Longueuil, St-Bruno (à l’occasion des audiences du projet de loi 76)
  • « Il faut un plan d’action pour des transports faibles en carbone » : Conseil du patronat du Québec, Union des municipalités du Québec, Équiterre, Gaz Métro, Fondation David Suzuki, Cycle capital management et autres membres de l’Alliance SWITCH.
  • « Le transport collectif est le chaînon manquant de la stratégie climatique de Québec » : Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ), Greenpeace Québec, Transport 2000, Équiterre, l’Union des producteurs agricoles, l’Association pour la santé publique du Québec, la Fondation David Suzuki, Vivre en Ville, la Coalition québécoise sur la problématique du poids, Vélo Québec et l’Union des consommateurs.
  • Des personnalités exigent de meilleurs transports collectifs : l’entrepreneur Alexandre Taillefer, l’éditorialiste en chef de la Presse François Cardinal, des instituts de recherche tels l’IRIS, l’IREC, etc.

Une 5e rentrée consécutive sans nouvelles pour l’amélioration des services de transports collectifs

  • Politique du transport collectif échue. La Politique québécoise du transport collectif (PQTC), annoncée en 2006, ciblait, pour 2011, une offre de service accrue de 16% pour une augmentation de l’achalandage de 8%. Pour y arriver, différents programmes de soutien à hauteur de 130M$/an proviennent du Fonds vert. Les résultats 2011 ont fait état d’une hausse de l’offre de service de 23% et d’achalandage de 11%, un incroyable succès. Or, le financement de la nouvelle offre de service en TC stagne depuis 2011. Le gouvernement se contente de reconduire annuellement le cadre actuel, sans nouveaux budgets supplémentaires . La rentrée 2015 est la 5e rentrée sans nouveaux budgets pour les TC. De plus, dans les modalités actuelles, le programme ne répond plus aux besoins des municipalités, si bien que des villes ont dû rembourser à Québec des subventions perçues .
  • Des automobiles en forte hausse. En perspective, la hausse du parc automobile (données de la SAAQ) a été également de 11% sur la même période. La population métropolitaine de Montréal (RMR) a cru de 5% entre 2006 et 2011 . Les équipements et les infrastructures doivent desservir un bassin de plus en plus grand et sont saturés.
  • Des transports collectifs vétustes. En février 2014, la Stratégie nationale de mobilité durable annonçait un ajout de 1 milliard de fonds aux infrastructures sur 6 ans provenant des enveloppes du réseau routier. Ce transfert, qui ne sert qu’au maintien des infrastructures, a été confirmé dans le budget du nouveau gouvernement en juin 2014. Il ne répond cependant pas du tout à la question du développement de l’offre de service.
  • Les grands axes de transports sont à surcapacité. Radio-Canada précisait en février 2016 la difficile situation vécue par plusieurs usagers dans le grand Montréal. Les effets de coupures de services dans les années précédentes et d’une hausse des usagers créent un paradoxe difficile à concilier dans les réseaux.
  • Un marché du carbone en plein essor. Malgré les revenus quasiment doublés du Fonds vert provenant du marché du carbone, et les sommes annoncées de 250 M$/an au Plan d’action sur les changements climatiques pour les nouveaux services de transport collectif, le programme de soutien stagne à 130 M$/an. En 2015-16, le Fonds vert accumulera des revenus de 795 M$ (source : budget des fonds spéciaux).
  • Une nouvelle gouvernance pour Montréal. La nouvelle gouvernance vise à améliorer la planification régionale, clarifier l’imputabilité des élus et diminuer le nombre de différents titres de transport. À court terme, elle n’a donc pas d’impacts sur la réalité vécue par les usagers.
  • Un réseau sans précédent par la Caisse de dépôt. Le gouvernement a mis tous ses œufs dans la Caisse pour la région montréalaise. Projet prometteur certes, mais qui ne touche qu’une petite portion des usagers de la grande région, alors que perdurent des situations d’entassement ou de service déficient.

Les besoins en croissance?

Les grands réseaux de transports collectifs sont bondés, les routes congestionnées et les travaux d’infrastructures, innombrables. Dans une économie du savoir basée sur la mobilité, les grandes villes du Québec ont besoin d’offrir plus d’options de mobilité.

Données :

  • L’achalandage a fortement cru entre 2006 et 2011 (de 11%), avec l’élan donné par la Politique québécoise du transport collectif. Or, vu l’absence de nouvelle impulsion depuis 2011, cet achalandage s’essouffle depuis 2013, et on voit dans la dernière Enquête Origine-Destination de la région de Montréal que la part de marché des transports collectifs est stable. En 2015, l’achalandage a cru de 0,4%
  • En perspective, la hausse du parc automobile (données de la SAAQ) a été également de 11% sur la même période. La population métropolitaine de Montréal (RMR) a cru de 5% entre 2006 et 2011 . Les équipements et les infrastructures doivent desservir un bassin de plus en plus grand et sont saturés.
  • La congestion sur les routes ne diminue pas, et de nombreux chantiers ne sont pas encore commencés (Métropolitaine, Tunnel LHL, échangeur Turcot, pont Champlain, etc.)
  • Les populations de Laval, Laurentides, Lanaudière, Montréal, Montérégie et Capitale-Nationale croissent plus rapidement que la moyenne de la population québécoise

Le fédéral investit des sommes importantes

  • Le nouveau gouvernement de Justin Trudeau a promis un plan fédéral d’investissements en transports collectifs et en infrastructures sur 10 ans
  • La phase I, sur trois ans, a été annoncée, et est déjà très ambitieuse. Près d’un milliard supplémentaire sur cette période sera disponible au Québec pour les projets priorisés.
  • La phase II sera annoncée dans les prochaines mois.