Cela soulève des inquiétudes quant au fait que l’objectif ne soit pas conforme aux données scientifiques

MONTRÉAL, le 22 avril 2021 – Le nouvel objectif du Canada pour 2030 de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 45 % par rapport à 2005, bien qu’il constitue une amélioration par rapport aux objectifs précédents, reste encore trop loin de ce que les scientifiques du monde entier estiment nécessaire pour éviter un changement climatique catastrophique, selon la Fondation David Suzuki.

« Nous voulons que le Canada contribue à empêcher les impacts les plus catastrophiques de l’urgence climatique de se produire, a déclaré Ian Bruce, directeur général par intérim de la Fondation David Suzuki. En comparaison à l’UE et à d’autres grands pays du G20, dont les États-Unis, cet objectif n’est malheureusement pas à la hauteur de ce qui est nécessaire pour maintenir le cap d’une planète vivable. Il a été réjouissant de voir le Canada intensifier ses efforts en matière de climat au cours de la dernière année, mais notre objectif ultime doit être de reconnaître l’urgence de cette crise et la responsabilité du Canada pour la résoudre. Un objectif plus ambitieux guidera le plan et les politiques d’urgence climatique du Canada, en veillant à ce que ceux-ci mobilisent suffisamment vite les solutions d’énergie propre et les ressources nécessaires. »

Une analyse du Réseau Action Climat Canada a déterminé qu’un objectif de juste part de réduction des émissions serait de 60 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2030. Cette cible tient compte de la science du climat, de la capacité relative du Canada à prendre des mesures climatiques et de sa position historique parmi les pires émetteurs du monde au cours du dernier siècle. La nouvelle cible du Canada, et toute mise à jour au cours des prochains mois, fera partie de l’ensemble plus vaste, aussi connu sous le nom de « contribution déterminée au niveau national », présenté cette année dans le cadre de l’engagement du Canada envers l’Accord de Paris.

« Une cible plus audacieuse – en ligne avec les pays leaders – est non seulement essentielle pour une meilleure qualité de vie et la décarbonisation de l’économie, mais c’est aussi ce que les Canadien.ne.s ont demandé à travers le pays, a déclaré Sabaa Khan, directrice générale de la Fondation David Suzuki pour le Québec et l’Atlantique. Faire preuve d’ambition en matière de climat est le seul moyen d’éviter de graves perturbations et sert de catalyseur pour les emplois, les investissements, un air plus pur et une relance verte et juste post-COVID-19. »

Une cible climatique pour 2030 ancrée dans la science et la justice ne représente qu’une partie – bien qu’importante – d’une stratégie climatique efficace. Pour atteindre les objectifs, il faut également que les gouvernements soient tenus de rendre des comptes et qu’ils disposent d’un plan climatique national solide. La Fondation demande que le projet de loi C-12, la loi canadienne sur la responsabilité climatique, qui est bloqué à la Chambre des communes, soit immédiatement remis en débat.

« L’accent mis par le Canada sur la croissance des exportations de bitume et de gaz fracturé est un obstacle même à un objectif qui nous préserve face à un changement climatique dangereux, a souligné Me Khan. Nous ne pouvons pas permettre aux intérêts pétroliers et gaziers de dicter les limites des politiques climatiques du Canada. Lorsque le Canada finalisera son objectif climatique officiel pour 2030 avant la réunion mondiale sur le climat de novembre, sa cible devra être plus ambitieuse que 45 %. Elle devra à tout le moins égaler l’engagement américain de réduction de 50 %. »

Contexte :  

L’objectif de la part équitable du Canada : 

En décembre 2019, le Réseau Action Climat Canada (CAN-Rac) a publié une analyse pour les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre  » part équitable  » du Canada pour 2030. Cette analyse tient compte de la climatologie, de l’équité mondiale, des émissions historiques du Canada et de sa capacité économique et technologique relative à prendre des mesures climatiques.

Elle conclut que l’objectif de réduction équitable des émissions du Canada pour 2030 est de 140 % par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2030. Cet objectif se décompose en une recommandation de 60 % de réduction des émissions (445 Mt CO2eq) par des mesures nationales et une réduction supplémentaire de 80 % (594 Mt CO2eq) par des efforts d’atténuation internationaux soutenus par des contributions financières du Canada d’au moins 4 milliards de dollars US par an.

Infographie sur les objectifs de la  » juste part  » de CAN-Rac : https://drive.google.com/file/d/1nbACBkr8ez4im11Qf_95yVIiRSef2F5f/view

 

Le rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur le réchauffement climatique de 1,5 °C : 

En octobre 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié un rapport spécial historique sur la science, les voies et les efforts nécessaires pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris consistant à limiter le réchauffement planétaire moyen à 1,5 °C au-dessus des niveaux préindustriels. La fourchette d’objectifs de réduction des émissions mondiales présentée dans le rapport est souvent citée comme le consensus scientifique sur le niveau d’action nécessaire pour atteindre l’objectif de l’accord de Paris :

« Les émissions anthropiques mondiales nettes de CO2 diminuent d’environ 45 % depuis les niveaux de 2010 jusqu’en 2030 (intervalle interquartile: 40-60 %), devenant égales à zéro vers 2050 (intervalle interquartile: 2045-2055). »

Il est crucial de différencier les réductions d’émissions moyennes mondiales des réductions d’émissions réalisées dans chaque pays individuel. Le Canada fait partie des pays qui ont la responsabilité de réduire leurs émissions beaucoup plus, et plus rapidement, que la moyenne mondiale. Le rapport spécial sur le 1,5 °C précise également les responsabilités différenciées :

« Les efforts collectifs, déployés à tous les niveaux, qui prennent en considération les différences de circonstances et de capacités, et visent à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C en tenant compte de l’équité et de l’efficacité, peuvent aider la communauté internationale à mettre en œuvre des interventions plus dynamiques pour faire face aux changements climatiques, garantir un développement durable et éradiquer la pauvreté (degré de confiance élevé). »

Le Canada a la réputation d’être un pollueur surdimensionné : 

Le Canada est le seul pays du G7 à avoir augmenté ses émissions depuis 1990. Alors que la crise climatique s’est aggravée au cours de la dernière décennie, le Canada a été le seul pays de ce groupe dont les émissions ont continué à augmenter.  

Le Canada a toujours eu des cibles faibles en matière de climat, et il n’en a pas encore atteint une seule. 

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