MONTRÉAL, le 14 mai 2021 – La Fondation David Suzuki publie aujourd’hui une trilogie d’études visant à mettre de l’avant des éléments clés pour planifier et suivre l’adaptation aux changements climatiques dans les municipalités. Les objectifs permettant de lutter contre les émissions de GES en cause dans les changements climatiques, tel que la chute de 55 % du des GES par rapport aux émissions de 1990 d’ici 2030, sont caractérisés depuis longtemps grâce à de nombreux exercices de modélisation de la communauté scientifique internationale et locale. Cependant, pour s’adapter aux changements climatiques, il faut d’abord déterminer les facteurs de vulnérabilité et les risques les plus pertinents à l’échelle locale, pour ensuite se fixer des objectifs à implanter et enfin assurer un suivi et une évaluation des mesures choisies. L’adaptation implique donc une certaine complexité puisque l’on doit déployer une série d’actions qui sont parfois plus difficiles à quantifier que dans la mitigation des changements climatiques. Tandis que la Fondation David Suzuki prêtait main-forte à la Ville de Montréal et au Comité consultatif sur le climat de Montréal ayant œuvré au Plan climat, il est apparu évident que l’on n’avait pas encore de cibles pour optimiser l’adaptation dans la métropole. En réponse à ce besoin, la FDS publie aujourd’hui la trilogie Changements climatiques au Québec : s’adapter pour un meilleur avenir.

En partenariat avec la firme Habitat, anciennement Eco2Urb, la Fondation David Suzuki a entreprit une revue de la littérature scientifique portant sur l’adaptation, ainsi que des exemples de plan d’adaptation pour d’autres localités, dans l’objectif de dresser un inventaire d’indicateurs permettant de mieux quantifier les mesures adaptation. Beaucoup d’indicateurs d’adaptation sont en fait des mesures des efforts consentis, par exemple la plantation de 500 000 arbres.  Or, pour cheminer efficacement vers l’adaptation, il faut aussi quantifier les résultats tangibles produits par ces actions, tel que l’abaissement de 2 degrés Celsius de la température ambiante grâce notamment aux végétaux.

Le Volume I intitulé Revue de littérature des indicateurs et études de cas pour inspirer les municipalités à agir recense 66 indicateurs utilisés ailleurs dans le monde et qui pourraient être pertinents, analytiquement robustes et mesurables pour adapter les municipalités du Québec.

Selon Louise Hénault-Ethier, ancienne cheffe des projets scientifiques de la Fondation David Suzuki, maintenant Directrice du Centre Eau Terre Environnement et professeure associée à l’INRS, qui a coordonné la production des études : « Ces études stratégiques aideront non seulement le comité d’experts en adaptation mis sur pied par la Ville de Montréal en 2021 pour peaufiner la stratégie et les indicateurs d’adaptation du Plan climat de la métropole, mais elles pourront aussi inspirer d’autres municipalités à travers le Québec, et le reste du Canada, à mettre sur pied des plans d’adaptation rigoureux. En effet, plusieurs conseils municipaux ont adopté des déclarations d’urgence climatique et ont la volonté d’agir, mais elles n’ont pas toutes amorcé ou finalisé leurs plans d’adaptation. Il y a maintenant très peu de chance de renverser la tendance climatique mondiale, mais on peut réduire les conséquences de ces bouleversements en rendant nos sociétés plus résilientes. »

Le Volume II intitulé Recommandations d’objectifs et stratégies d’expert.e.s à déployer dans les municipalités a été rédigé suite à des entretiens semi-dirigés avec une douzaine d’experts du milieu municipal, universitaire, de la santé et de l’énergie ainsi que des organismes non gouvernementaux puis complété par un sondage en ligne rejoignant 66 autres experts de plusieurs régions du Québec. Dix recommandations sont mises de l’avant par les coauteurs dont la création d’une institution responsable de la gestion de l’adaptation, le développement d’outils cartographiques commun à tous pour évaluer les vulnérabilités et prioriser les actions, de même que la révision des budgets et de la réglementation visant notamment à interdire la construction dans les zones à risque et la sauvegarde des zones tampons ainsi que la définition d’un protocole d’urgence.

Selon Jérôme Dupras, professeur à l’Université du Québec en Outaouais et coauteur de l’étude, « Ce sont les îlots de chaleurs urbains, les vagues de chaleur intenses et les événements météorologiques extrêmes qui inquiètent le plus les experts consultés. Bien que la réduction de la circulation automobile et la déminéralisation du milieu urbain soient parmi les mesures plus populaires, c’est de loin le verdissement urbain qui devrait être la mesure phare de l’adaptation contre la chaleur selon notre étude. »

Les enjeux stratégiques de déploiement des infrastructures naturelles et des phytotechnologies sont donc l’objet du dernier volume de la trilogie (Volume III). Cette dernière fait état du bilan des recommandations compilées auprès des 137 participants du Sommet sur les infrastructures naturelles et les phytotechnologies coorganisé à Montréal à la fin de 2018 par la FDS, la Société québécoise de phytotechnologies et Nature-Action Québec, et dresse une mise à jour des enjeux de financements qui y sont reliés.

« Malgré leur rôle essentiel dans l’adaptation de nos villes, les infrastructures naturelles et les phytotechnologies – comme les biorétentions, les toitures végétalisées ou les bandes riveraines – demeurent morcelées sur le territoire. On réalise encore trop peu l’importance de budgéter l’entretien des infrastructures naturelles puisqu’ils livrent des services écologiques que l’on ne pourrait surpasser avec des infrastructures conventionnelles. En effet, les infrastructures végétalisées sont les seules à s’améliorer avec le temps, tandis que le béton finit par craquer et coûter cher d’entretien. », conclut Maxime Fortin Faubert, chercheur invité boursier de la Fondation David Suzuki et candidat au doctorat en biologie à l’Université de Montréal.

Dans cette dernière étude, on suggère de reconnaître les végétaux comme des infrastructures et de les financer en tant que tel avec des investissements de l’ordre de 10 à 15% des budgets d’immobilisation consacrés aux infrastructures naturelles ou aux phytotechnologies pour adapter les villes aux nouvelles conditions climatiques de chaleur intense et de précipitations abondantes. La Ville de Montréal serait d’ailleurs, selon nos informations, la première parmi le groupe du C40 à consentir ces sommes au Programme décennal d’immobilisation. Le Gouvernement du Canada a lui aussi choisi de voir au-delà de ponts, des routes et des bâtiments avec son nouveau Fonds pour l’infrastructure naturelle d’Infrastructure Canada de 200 millions de dollars sur trois ans à compter de 2021-2022. Ce Fonds sera apparié par le Conseil du Trésor du Québec qui consacrera 343 millions de dollars pour 2021-2021 aux projets visant la réduction des GES, l’adaptation aux changements climatiques et l’atténuation des catastrophes liées au climat.

Les auteurs ont confiance qu’avec des indicateurs de suivi clairs pour les plans d’adaptation (Volume I), développés en réponse aux enjeux et aux priorités d’action soulevés par les experts (Volume II), avec une forte emphase sur le déploiement et le financement des infrastructures naturelles et des phytotechnologies (Volume III), les municipalités québécoises seront adéquatement préparées à faire face aux changements climatiques.

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Références des trois études :
Landry, F. et L. Hénault-Ethier. 2021. Changements climatiques au Québec : s’adapter pour un meilleur avenir. Volume I. Fondation David Suzuki. 39p.

Landry, F., O. Tanguy, V. Dumais-Lalonde, F. Maure, K. Turgeon, J. Dupras et L. Hénault-Ethier (2021). Définir les objectifs de l’adaptation aux changements climatiques et les stratégies pour les atteindre. Volume II. Changements climatiques au Québec: s’adapter pour un meilleur avenir.Fondation David Suzuki. 63p.

Hénault-Ethier, L., M. Fortin Faubert, M. Le Berre, S., Perron, M. Waridel, L. Gobeille, G. Grégoire, J. Brisson, P. Gosselin, F. Reeves et J. Elsener. (2021) Enjeux stratégiques de déploiement des infrastructures naturelles et des phytotechnologies. Volume III. Changements climatiques au Québec: s’adapter pour un meilleur avenir. Fondation David Suzuki. 32 p.

Contacts médias :

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Maxime Fortin Faubert

Chercheur invité boursier de la Fondation David Suzuki & candidat au doctorat en biologie à l’Université de Montréal
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Louise Hénault-Ethier, PhD
Directrice du Centre Eau Terre Environnement et professeure associée à l’INRS
Ancienne cheffe des projets scientifiques de la Fondation David Suzuki & Responsable de la coordination et de la production des études

Louise.henault-ethier@inrs.ca

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Jérôme Dupras, PhD
Professeur à l’Université du Québec en Outaouais & coauteur de l’étude
jerome.dupras@gmail.com
514-973-5053