Le réchauffement de la planète cause de plus en plus de feux de forêt. En retour, ces feux libèrent dans l’atmosphère toujours plus de carbone, ce qui entraîne des boucles de rétroaction qui accélèrent le réchauffement. (Photo : Matt Howard via Unsplash)

Les gouvernements australiens successifs ont nié ou minimisé l’existence et les risques des perturbations climatiques d’origine humaine. Dans ce pays, le charbon est roi. Dans nos systèmes économiques dépassés, les emplois et les indicateurs financiers à court terme ont plus d’importance aux yeux des politiciens que le maintien d’une planète viable pour la vie humaine !

Les pires feux de brousse de l’histoire de l’Australie ont ravagé plus de 11 millions d’hectares, tué des dizaines de personnes et plus d’un milliard d’animaux, provoqué encore plus de déplacements et détruit des milliers de foyers. Pendant que les feux font rage, que la fumée empoisonne l’air et que les récifs de corail blanchissent et meurent, les dirigeants australiens font la promotion du développement d’une autre immense mine de charbon, la méga-mine Adani Carmichael, dans le Queensland, qui devrait extraire en 60 ans 2,3 milliards de tonnes d’un charbon bas de gamme à TC élevé.

En Australie, les feux ont couvert une zone quinze fois plus grande que ceux de l’Amazonie, dévastateurs eux aussi. Il y a plus de 30 ans, mon épouse Tara et moi et d’autres avons collaboré avec les Kayapos, au Brésil, pour protéger leur territoire traditionnel dans la forêt tropicale contre le développement. Ensemble, nous avons convaincu la Banque mondiale de retirer le financement d’un immense système de barrage, une mesure qui a eu pour effet de stopper le projet.

L’économie du Brésil s’étant améliorée, les fonds de la Banque mondiale n’ont plus été nécessaires, et le projet est allé de l’avant sous un nouveau nom. L’inondation n’est que l’une des menaces contre cette précieuse forêt. La déforestation et le défrichage par le feu pour accroître le développement agricole et industriel contribuent également à sa destruction rapide.

Certains qualifient l’Amazonie de « poumon du monde » en raison de la capacité de la forêt tropicale à capter le carbone et à libérer de l’oxygène. Le Canada, quant à lui, abrite ce que plusieurs appellent le « poumon nordique » : la forêt boréale.

Certains qualifient l’Amazonie de « poumon du monde » en raison de la capacité de la forêt tropicale à capter le carbone et à libérer de l’oxygène. Le Canada, quant à lui, abrite ce que plusieurs appellent le « poumon nordique » : la forêt boréale, qui s’étend du Yukon à Terre-Neuve-et-Labrador et couvre 55 pour cent des masses continentales du Canada. Il est difficile de mesurer la quantité d’oxygène que produisent les forêts, et on a tendance à l’exagérer. Cela dit, il n’y a aucun doute que les forêts sont essentielles à la survie humaine.

La forêt boréale est elle aussi menacée par le développement rapide et le réchauffement climatique. Comme ailleurs, les changements climatiques intensifient la saison des feux de forêt dans la zone boréale et attisent leur l’intensité sur un territoire de plus en plus vaste, qu’ils soient déclenchés par la foudre, des incendiaires ou des étincelles provenant de la machinerie ou de roues de train. Les hivers plus chauds ont également favorisé la prolifération d’insectes comme le dendroctone du pin ponderosa, contenu autrefois par les hivers froids.

Les forêts vierges produisent de l’oxygène et procurent aux humains de nombreux autres bienfaits. Elles emprisonnent le carbone, ce qui aide à réguler les températures mondiales. Elles préviennent les ruissellements, les glissements de terrain et les inondations. Elles assurent le maintien et la filtration des eaux. Elles procurent des aliments et autres éléments essentiels aux populations, en plus de servir d’habitat à la faune et à la flore.

En pleine période d’incendies, l’Australie a été frappée par des températures extrêmes qui ont entraîné des tempêtes de sable aussi massives que terrifiantes, des épisodes de grêle intense et des pluies torrentielles qui ont provoqué des inondations. Par ailleurs, la fumée des incendies constitue un puissant gaz à effet de serre. De ce fait, les feux de forêt causés par le réchauffement planétaire entraînent une augmentation des émissions de carbone dans l’atmosphère, créant ainsi une boucle de rétroaction qui accélère le réchauffement.

Notre système économique se fonde encore sur une croissance et une surconsommation sans fin qui entretiennent un gaspillage et une dévastation inacceptables.

Que faudra-t-il pour forcer les politiciens et autres à écouter ? Greta Thunberg nous a mis en garde : la maison brûle. Et les choses iront en s’aggravant si nous ne changeons pas rapidement nos habitudes. Mais, les politiciens et le secteur industriel soutiennent toujours le développement des combustibles fossiles, dans une volonté d’engranger des profits avant que les marchés ne s’effondrent face à des solutions plus viables et au chaos climatique. Notre système économique se fonde encore sur une croissance et une surconsommation sans fin qui entretiennent un gaspillage et une dévastation inacceptables. Nous évaluons le rendement économique à la vitesse à laquelle nous détruisons le monde.

C’est insensé.

Pourquoi l’Australie autorise-t-elle une immense mine de charbon ? Pourquoi le Canada envisage-t-il d’autoriser une mine à ciel ouvert de sables bitumineux de 24 000 hectares, le projet Teck Frontier dans le nord de l’Alberta ? Pourquoi les États-Unis annulent-ils les protections environnementales et encouragent-ils l’expansion des énergies fossiles ? N’ont-ils pas compris que nous faisons face à une crise mondiale sans précédent ? Ou alors, ils ne s’en préoccupent tout simplement pas. L’argent et le pouvoir sont-ils vraiment plus importants à leurs yeux que la santé et le bien-être des citoyens et que l’avenir de nos enfants et petits-enfants ?

Ce ne sont pas les solutions qui manquent. Il en existe une foule, et d’autres sont mises au point. Nous sommes les otages d’un manque de volonté politique et d’imagination. Réveillez-vous ! Tout votre argent et votre pouvoir ne vaudront plus rien si nous détruisons notre seule maison.

EXIGEZ DU GOUVERNEMENT LE REJET DU PROJET TECK

Traduction : Monique Joly et Michel Lopez