Par Jennifer Beeman, Directrice, Action cancer du sein du Québec

Mains tenant des substances toxiques

(Crédit : Claire BGNT via Flickr)

Quand j’achète des tomates en conserve, cela va sans dire je ne veux pas y retrouver de substances toxiques comme le bisphénol A, ni dans mes tomates, ni dans mon corps. Je veux juste des tomates. Et quand j’achète du savon à main, je ne veux pas non plus du triclosan, un perturbateur endocrinien connu qui peut avoir un effet nocif sur la santé. Je veux juste me nettoyer les mains.

C’est donc un grand choc d’apprendre que nous ne sommes aucunement protégés contre des substances toxiques qui se retrouvent dans produits alimentaires et cosmétiques. Par ailleurs, un éventail de groupes écologiques et œuvrant dans le domaine de la santé essaient de faire interdire le triclosan depuis des lustres, sans succès. En revanche, il vient d’être interdit par la Food and Drug Administration des États unis, alors peut-être que le Canada bougera enfin !

Alors, que faire quand le gouvernement n’agit pas pour nous protéger ?

Il faut dire que ce qu’on appelle la «consommation verte», c’est-à-dire une consommation réfléchie où l’on essaie d’éviter un maximum de substances toxiques pour nous-mêmes et pour la planète, est tout aussi importante que problématique.

Elle est importante parce que les compagnies répondent aux choix des consommateurs et que la « consommation verte » peut constituer un mécanisme de changement social. Acheter, c’est un geste individuel qui reflète nos valeurs et comment on veut vivre dans ce monde.

Elle est problématique parce qu’elle laisse en marge la nécessité d’une meilleure règlementation. Sans règlementation contre les substances toxiques, la responsabilité d’en gérer notre exposition revient aux individus. Pourtant, cela devrait être la responsabilité de notre gouvernement. De plus, la « consommation verte » est hautement inéquitable à l’égard des personnes moins scolarisées et qui se trouvent dans des situations de marginalisation.

L’approche en santé publique qui veut « responsabiliser » les gens à l’égard de la prise en main de leur santé sert surtout à déresponsabiliser nos gouvernements dans leur rôle de propulseurs des communautés en santé, c’est-à-dire des communautés où l’accès aux aliments frais est facile et abordable, où les parcs sont sécuritaires et accueillants, où les rues sont boisées et invitent la promenade, où les cyclistes et les piétons sont en sécurité, et où les ruelles sont vertes.

Nous, les citoyens, nous faisons notre part; maintenant, c’est au gouvernement et à l’industrie de faire la leur.

Comment faire pour réduire la présence de substances toxiques au quotidien ?
Tout en comprenant bien ces enjeux, il y a quand même des habitudes et des pratiques qu’on peut adopter pour réduire la présence des substances toxiques, comme les perturbateurs endocriniens, dans notre quotidien. Le principe de base, c’est acheter moins et acheter simple.

Acheter moins est primordial pour l’avenir de la planète, et ça rend la vie plus simple aussi. Si les armoires de cuisine débordent de produits, on ne sait plus ce qu’on a, et on a tendance à acheter en double

Acheter simple veut dire acheter le produit avec la liste d’ingrédients la plus simple possible. Vous allez découvrir, comme je l’ai fait moi-même, qu’acheter moins et acheter simple vont souvent de pair. Et enfin, faites attention aux produits utilisés dans vos espaces intérieurs et pour les soins personnels. On passe 90% de notre temps à l’intérieur. Notre environnement et notre exposition aux substances toxiques commencent chez nous et au bureau.

Il existe d’excellentes ressources pour avoir plus d’information sur la consommation écologique, notamment sur le site de la Fondation David Suzuki et son volet Mode de vie et compagnie. Tout en s’informant plus, il faut toujours appuyer des luttes pour une meilleure règlementation des substances toxiques dans toutes leurs formes.

Avant de travailler à Action cancer du sein du Québec, j’étais moyennement informée, mais très préoccupée par l’état de la planète et de notre santé. Maintenant, je suis beaucoup plus informée, et j’ai découvert que changer nos habitudes de consommation pour d’autres moins toxiques est une démarche graduelle, et surtout, un processus.

On avance un pas à la fois. L’important, c’est de commencer !