Par David Suzuki avec la participation de Theresa Beer, spécialiste principale des communications à la Fondation David Suzuki

homme faisant face à l'océan

(Crédit : Nathan McBride via Unsplash)

Vous souvenez-vous de la cape d’invisibilité de Harry Potter ? Il semble que les sorciers ne soient pas les seuls à pouvoir disparaître grâce à un vêtement spécial. Des scientifiques marins ont découvert que des crustacés de type crevette appelés hyperiides peuvent se rendre invisibles grâce à une nanotechnologie interne.

L’été dernier, des scientifiques ont confirmé que le requin du Groenland pouvait vivre jusqu’à 400 ans, dépassant ainsi la baleine boréale et le sébaste à œil épineux pour le record de longévité documentée chez les vertébrés. Les chercheurs commencent à peine à percer le mystère de l’icosteus aenigmaticus, un poisson de deux mètres sans écailles, au squelette cartilagineux et au corps flasque qui vit dans les eaux de l’Alaska ou du poisson sans visage des eaux australiennes dont les yeux, les branchies et la bouche sont cachés.

Les merveilleuses découvertes que nous continuons de faire dans les océans sont d’autres bonnes raisons de les protéger. Toutefois, il nous reste beaucoup de chemin à faire. Au début de 2016, environ trois pour cent des océans bénéficiaient d’une protection officielle contre les activités industrielles, une hausse par rapport au maigre un pour cent d’il y a cinq ans. Vingt pays dont le Chili, Palau, les États-Unis et le Royaume-Uni, se sont engagés à augmenter la protection marine.

Suite à son agrandissement l’été dernier, le Marine National Monument de Papahānaumokuākea, à Hawaï, est devenu la zone marine protégée la plus grande au monde. En octobre, la mer de Ross, dont les eaux figurent parmi les plus productives en Antarctique, a finalement été classée comme réserve marine, résultat de dizaines d’années de pressions. Lorsqu’une coalition de 24 pays s’est entendue pour accorder une protection internationale aux 1 548 812 kilomètres carrés de l’océan Austral, la mer de Ross a détrôné Papahānaumokuākea comme plus grande réserve marine. Fait encore plus impressionnant, Palau, île de la Micronésie dans le Pacifique occidental, a classé 80 pour cent de ses eaux comme réserve marine, un territoire de la superficie de la Californie. La Grande-Bretagne a créé la réserve des îles Pitcairn dans le Pacifique Sud, un parc sous-marin contigu presque aussi grand que le Pakistan.

En 2016, le premier ministre Justin Trudeau et Barack Obama ont émis une déclaration commune dans laquelle ils s’engageaient à « dépasser substantiellement » les objectifs internationaux de 10 pour cent de protection marine, même si le Canada en a protégé jusqu’à présent moins d’un pour cent. Notre gouvernement s’y est mis, toutefois. Plus tôt cette année, il a annoncé une protection ferme des récifs d’éponges siliceuses importants pour la planète près des îles Haida Gwaii, en Colombie-Britannique, mettant ainsi fin à des années d’inaction.

Parallèlement à une plus grande protection marine, de nouvelles technologies élargissent le champ d’exploration des océans. Des chercheurs adaptent des drones pour suivre l’érosion côtière, cartographier les récifs de corail, étudier les populations de manchots, évaluer la santé des baleines et même comprendre le comportement mystérieux de la tortue de mer. Grâce à un microscope sous-marin, les scientifiques étudient l’interaction des polypes des coraux et le mécanisme par lequel les algues envahissent les écosystèmes coralliens.

Certaines juridictions s’attaquent sérieusement au problème du plastique qui étouffe les poissons, les oiseaux et les mammifères marins. La Californie et Hawaï ont interdit les sacs d’épicerie en plastique ; d’autres pays en dissuadent l’usage par la taxation. Le Congrès américain a passé le Microbead-Free Waters Act (Loi sur les eaux sans microbilles) pour éliminer les microbilles de plastique dans les savons, les lotions exfoliantes, les dentifrices et autres produits d’ici 2018. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement lance un appel à l’interdiction de tous les produits contenant des microplastiques.

Les efforts de protection commencent à porter leurs fruits. Cette année, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada a fait passer le requin-taupe bleu de la catégorie « menacée » à « préoccupante ». Dans le monde entier, les campagnes anti-découpe ont contribué à diminuer la consommation d’ailerons de requins. Le lamentin revient en force aux États-Unis, surtout en Floride qui a vu sa population augmenter de 500 %, ce qui a poussé le Fish and Wildlife Service américain à le reclasser d’espèce « en voie de disparition » à espèce « menacée ».
De nombreuses populations de baleines retrouvent de la vigueur après des décennies d’exploitation commerciale. Chassé à la limite de l’extinction au début du 20e siècle, le rorqual à bosse du Pacifique Nord est récemment passé d’espèce « menacée » à « préoccupante ». Les biologistes évaluent la population à 18 000.

De même, la baleine bleue de l’est du Pacifique Nord, au large de la Californie, montre des signes de rétablissement. On en dénombre à l’heure actuelle environ 2 000. Presque exterminée par l’industrie baleinière, la baleine bleue a bénéficié d’une protection internationale en 1967. Elle demeure l’un des mammifères marins les plus rares. On en compterait entre 10 000 et 25 000 dans le monde entier.

Les océans continuent de faire face à des enjeux énormes et à des obstacles politiques. On constate néanmoins une résilience considérable de la nature et des écosystèmes. Si nous parvenons à nous mobiliser en faveur de mesures qui protègent la riche biodiversité des océans, ils continueront de nous réserver des beautés et des trésors incalculables.

Traduction : Michel Lopez et Monique Joly