Par David Suzuki

Station spatiale de la NASA

(Crédit : NASA's Marshall Space Flight Center via Flickr)

Si vous avez un téléphone intelligent, vous avez plus de puissance informatique au bout des doigts que les scientifiques de la NASA qui ont envoyé des hommes sur la lune en 1969 ! Et cela dans un petit appareil qui n’a plus rien à voir avec les énormes ordinateurs qu’utilisait alors l’agence spatiale.

La technologie avance à pas de géant. Comme tous ceux qui sont nés avant l’arrivée de l’ordinateur personnel, des communications téléphoniques transocéaniques, de l’avion à réaction, du satellite, de la transplantation d’organes, de la pilule anticonceptionnelle, du photocopieur, de la calculatrice de poche et du cellulaire, je suis ébahi par la rapidité d’évolution des innovations technologiques et leur influence sur la société. Les appareils deviennent chaque jour plus petits, plus rapides, plus efficaces et plus accessibles.

Malgré les avancées phénoménales dans tous les secteurs, des communications et des transports aux systèmes énergétiques, beaucoup sont encore convaincus que pour obtenir de l’énergie, il faut brûler des énergies fossiles comme nous le faisons depuis l’aube de l’ère industrielle, il y a près de 300 ans ! En fait, il semble que le chauffage au charbon remonte à 3490 av. J.-C. en Chine.

Toutes les époques ont compté leurs sceptiques. À travers les âges, des gens ont affirmé qu’il était impossible de traverser les océans à bord de bateaux à vapeur ou de voler à bord d’avions, encore moins d’envoyer des astronefs au-delà du système solaire. Au début du 19e siècle, l’éclairage des rues a suscité la polémique : certains le jugeaient impossible, d’autres alléguaient qu’il entraînerait la maladie, un déclin de la moralité et le rejet de la volonté de Dieu d’instaurer des périodes de jour et de nuit. À d’autres périodes, des gens ont clamé que le téléphone, le train, l’automobile, l’ordinateur, l’énergie nucléaire et la radio étaient des choses impossibles. De nombreuses avancées technologiques ont alimenté la crainte, souvent à raison, de voir disparaître des emplois. Au début du 20e siècle, l’essor de l’industrie automobile a entraîné la disparition du transport en carriole.

Il y a de bonnes raisons pour lesquelles nous utilisons depuis si longtemps le charbon, le pétrole et le gaz pour le chauffage et l’énergie. Ce sont des ressources extrêmement efficaces et utiles, que l’on peut emmagasiner et qui sont peu coûteuses si l’on fait abstraction du coût des dommages environnementaux et des problèmes de santé causés par la pollution. Il y a des millions d’années, des plantes et des organismes microscopiques ont transformé l’énergie du soleil par photosynthèse, pour l’emmagasiner dans des liaisons carbone-hydrogène. Sous l’effet de la décomposition de ces plantes et micro-organismes enterrés sous des couches de sédiments, la chaleur et la pression ont comprimé cette énergie.

Malgré leur efficacité et leur coût, les carburants fossiles ne sont pas des sources d’énergie supérieures au soleil, au vent et aux marées, bien que les énergies renouvelables nécessitent des modes de stockage distincts pour leur utilisation à grande échelle. Les carburants fossiles polluent l’environnement, provoquent des maladies et des décès, accélèrent le réchauffement de la planète et endommagent ou détruisent les écosystèmes. Ils s’épuiseront également. De fait, leur extraction est déjà plus difficile et plus coûteuse. Les sources facilement accessibles s’épuisent, ce qui nous force à nous tourner vers des sources et méthodes non conventionnelles plus dommageables et plus dangereuses, notamment les sables bitumineux, les forages au large et le fractionnement.

Outre la production d’énergie, les carburants fossiles ont de multiples usages, dont certains restent à découvrir. Ils entrent dans la production de médicaments, d’articles en plastique et de lubrifiants, une raison de plus de condamner l’utilisation inefficace de ces ressources limitées.

Heureusement, les technologies énergétiques propres progressent tous les jours. Nous nous étonnons déjà des progrès rapides des téléphones intelligents et autres appareils ; nous continuerons d’être impressionnés par les avancées phénoménales des énergies renouvelables. L’éolien et le solaire, de même que les systèmes de stockage de l’énergie, s’améliorent et coûtent de moins en moins cher. Les systèmes de gestion des réseaux électriques évoluent avec les avancées informatiques. Les concepts novateurs comme le biomimétisme s’avèrent très prometteurs dans le domaine de l’énergie, comme en témoignent les études sur la photosynthèse artificielle.

La science, l’innovation et les idées progressistes nous laissent espérer un avenir plus sain. Il est triste que tant de gens, y compris des dirigeants aux États-Unis et dans certaines parties du Canada, rejettent de nouvelles idées brillantes au profit de méthodes de production d’énergie dépassées et destructrices.

Nous sommes de plain-pied dans le 21e siècle. Si l’humain veut se rendre au 22e siècle, nous devons changer de cap. La science nous offre des outils pour comprendre et innover. À nous de comprendre comment la science acquiert et intègre les connaissances. À nous d’agir en conséquence. Nous ne pouvons pas continuer à forer et à brûler des ressources non renouvelables, à polluer l’air, l’eau et le sol, et à mettre la santé et la survie de l’être humain en péril. En fait, nous n’avons pas à le faire. Il existe des solutions de rechange.

Traduction : Monique Joly et Michel Lopez