Par Louise Hénault-Ethier

Les insectes sont les animaux les plus diversifiés de notre planète. Ils sont à la base du fonctionnement des écosystèmes. Le déclin massif de leur biodiversité inquiète la communauté scientifique autant que le déclin de leur biomasse. C’est que les insectes jouent un rôle essentiel dans la pollinisation, la lutte contre les envahisseurs agricoles, le recyclage des matières organiques en milieu naturel, l’alimentation des poissons, oiseaux et chauve-souris, et bien plus encore. Plus on apprend à les connaître, plus on les admire pour leurs adaptations, leurs couleurs, leurs formes et les menus-travaux qu’ils accomplissent inlassablement dans la nature. Ces bestioles à six pattes sont en quelque sorte le pilier des services écosystémiques.

En 2050, nous serons 9 milliards d’êtres humains sur la Terre. Pour nourrir tout le monde, l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) estime qu’il faudrait doubler notre production alimentaire. Mais la façon dont on produit nos aliments pèse lourd sur l’environnement. Nous mangeons trop de viande, et sa production est désastreuse pour notre environnement. Au Québec, nous peinons à freiner la pollution de l’eau liée à la production du maïs et du soya nécessaires à l’alimentation du bétail. Les insectes pourraient-ils révolutionner la façon dont on s’alimente? Pourraient-ils venir à notre rescousse pour minimiser l’empreinte environnementale de l’humanité ?

Une alimentation entièrement végétale pourrait suffire à nourrir l’humanité tout en diminuant drastiquement notre empreinte environnementale. Or, la consommation de viande reste une pratique solidement ancrée dans nos mœurs. Si on troquait la viande de bœuf, de porc ou de poulet pour une poignée d’insectes, l’impact environnemental de notre consommation de protéine animale diminuerait drastiquement. Selon la FAO, 18% de tous les gaz à effet de serre (GES) émis sur la planète seraient liés aux élevages d’animaux. En comparaison, les émissions de GES liés à la production d’insectes sont négligeables pour chaque kilogramme de protéine produite. Il faut savoir que les insectes sont notamment plus efficaces à convertir leurs aliments parce qu’ils ont le sang froid; ils gaspillent donc moins d’énergie pour se garder au chaud.

Le nombre de Québécois ayant intégré les insectes dans sa diète reste marginal. près de la moitié d’entre nous avons déjà goûté un insecte, principalement pour en connaître le goût ou par souci de réduire l’empreinte environnementale liée à notre alimentation. Les garçons seraient d’ailleurs significativement plus intrépides que les filles et seraient plus nombreux à oser croquer un insecte comme une larve de mouche!

Tout le monde n’a pas besoin d’intégrer ces croustillants et délicieux arthropodes dans son alimentation pour diminuer notre empreinte environnementale : il suffit de changer la diète de nos animaux. On peut penser que presque tout le monde accepterait de nourrir ses animaux domestiques avec des croquettes contenant des insectes ou encore de manger des animaux d’élevage ayant été nourris avec des moulées à base d’insectes. Cela semble de la science-fiction? Détrompez-vous! L’Agence canadienne d’inspection des aliments a déjà homologué des larves de mouches dans l’alimentation des saumons d’élevage et des poulets à griller.

Le concept des entotechnologies, un mot qui évoque la racine grecque désignant les insectes (entomo-), regroupe les applications technologiques misant sur le travail des insectes. On peut par exemple donner des résidus organiques à des larves de mouches qui s’en nourriront, et qui pourront par la suite servir de nourriture à nos animaux. Par exemple, les mouches soldat noires ont des larves voraces qui peuvent manger nos résidus de fruits et légumes et ainsi nous aider à valoriser les résidus organiques de bonne qualité. Il s’agit d’une façon de donner une seconde vie aux aliments défraîchis, avant de les envoyer au compostage ou à la biométhanisation. Cette valorisation n’est pas négligeable puisqu’on gaspille à l’heure actuelle près de 45% des fruits et des légumes produits. Si le gaspillage alimentaire était un pays, il figurerait au troisième rang des plus grands émetteurs de GES, tout juste derrière la Chine et les États-Unis..

Les résidus organiques provenant des épiceries ou des cuisines de restaurant, on pourrait nourrir nos animaux d’élevages.Avec des résidus organiques propres issus de l’agriculture urbaine, on pourrait aussi nourrir des humains! À Montréal, la champignonnière Blanc de Gris récupère les résidus de café et de brasserie pour faire pousser des champignons. Plusieurs tonnes de mycélium (les ‘’racines’’ des champignons mélangées au substrat de croissance) sont rejetées de sa production chaque année. Bien entendu, l’entreprise, qui croit fermement au concept d’économie circulaire, les envoie au compostage, mais elle cherche un débouché qui mettrait davantage en valeur le résidu propre (pasteurisé avant d’y faire pousser des pleurotes) et de grande qualité, issu de leur production. Un projet de recherche en cours actuellement en partenariat avec le Biodôme de Montréal, l’Université Concordia, l’Université du Québec à Montréal et l’Université Laval cherche justement à voir si des larves de ténébrions pourraient croître sur ce mycélium. Les premiers résultats sont prometteurs.

La recherche foisonne au Québec sur les entotechnologies, et l’entomophagie en général (la pratique de manger des insectes). Le 5 décembre 2017, dix conférenciers et six chercheurs présenteront les enjeux de sensibilisation liés à l’entomophagie, l’introduction des insectes dans l’alimentation humaine et animale, ainsi que les concepts d’économie circulaire et d’acceptabilité sociale qui y sont liés.  Une douzaine d’entrepreneurs locaux viendront également présenter leurs produits à base d’insectes. Ce sera l’occasion de goûter des barres tendres et des pâtes ou de ramener un échantillon pour votre chien ou vos poissons!

Inscrivez-vous rapidement à cet événement unique pour y prendre part, le programme complet est disponible ici.

L’événement sera aussi web diffusé en direct, entre 11h30 et 13h30, par la Maison du développement durable.

Nous voulons connaître votre perception face aux insectes comestibles : participez au sondage sur l’acceptabilité des insectes dans l’alimentation réalisé par Didier Marquis, étudiant au doctorat à l’Université Concordia.