Par Sylvain Perron, analyste de politiques publiques à la Fondation David Suzuki

Un vélo sur au milieu de la route

(Crédit : Petar Petkovski via Unsplash)

Les données statistiques de la Société de l’assurance automobile du Québec pour l’année 2015 sont surprenantes : le nombre de jeunes de 16 à 24 ans et d’adultes de 24 à 44 ans ayant un permis de conduire est en baisse au Québec.

Alors que plusieurs essaient d’expliquer les raisons pour lesquelles il y a une baisse dans la possession de permis de conduire, je crois qu’il est plus intéressant d’aborder la question des impacts de cette tendance. Comment doit-on s’adapter à cette nouvelle clientèle? Et surtout, sommes-nous conscients que nous devrons changer notre manière de percevoir les déplacements de la population?

Âge des élus municipaux : un frein à cette tendance?

À voir ces statistiques sur les permis de conduire, on pourrait espérer que les villes changent tranquillement leur manière de planifier le territoire afin de répondre au besoin de cette clientèle de se déplacer autrement. Or, peut-on penser que les villes ont conscience de cette situation? Ou encore, que les dirigeants voient cette problématique?

Jumelons alors les statistiques de l’âge des élus municipaux prises dans le portrait statistique préliminaire des élections municipales de 2013.

On peut voir que les élus ayant 18-44 ans sont clairement minoritaires, mais surtout que le poste de maire, le plus influent, est dans 9 cas sur 10 est donné à une personne de 45 ans et plus. On peut donc penser que les élus municipaux en place ont plus de difficulté à saisir toute la portée de la nouvelle tendance de vouloir moins conduire et de se déplacer autrement.

On peut également croire que les plans d’urbanisme et les schémas d’aménagement actuel, votés par les conseils municipaux actuels, n’intègrent pas encore totalement l’impact qu’aura cette baisse des permis de conduire. Ainsi, les investissements prévus en transport répondent à une population ayant un permis de conduire plutôt qu’à la prochaine génération qui a moins envie d’en posséder un. Si l’on considère que la planification urbaine est pensée pour les 25 prochaines années, la plupart des villes pourraient faire faux bond en appuyant une vision qui ne tient pas compte de cette volonté de changement.

Laval

Par exemple, si on regarde les investissements planifiés dans le prochain schéma d’aménagement de la Ville de Laval, ces investissements sont massivement consacrés à la voiture comparativement aux investissements consacrés aux autres modes de transport.

Pour répondre à cette tendance, les élus municipaux devront ajuster le tir afin de mieux s’adapter aux prochaines générations de non-conducteurs. Par la même occasion, la tranche d’âge 16-44 ans devra mieux faire sentir sa présence dans les assemblées municipales, car celle-ci est sous-représentée dans les conseils municipaux. Bref, cette nouvelle tendance devra être mieux gérée qu’à l’heure actuelle par les municipalités.