
Une concession pétrolière en Alberta. (Photo : wolv via iStock)
Cet article d’opinion a initialement été publié en anglais dans The Hill Times.
Il est facile de conclure une entente quand vous acceptez de faire des compromis sur tout. C’est ce que démontre le protocole d’entente conclu en novembre entre les gouvernements de l’Alberta et du Canada.
Ce moment pourrait représenter le fond du baril pour la politique climatique au Canada. On a beaucoup parlé de l’idée catastrophique consistant à construire un nouveau pipeline de bitume vers la côte du Pacifique. Toutefois, ce protocole d’entente comporte de nombreux autres détails, compromis et conditions qui ont des implications climatiques et économiques importantes.
Après trois ans de consultations, d’élaboration et de révisions, le Règlement canadien sur l’électricité propre a finalement été publié il y a un peu plus d’un an. Mais il est compromis dans le cadre de cette entente.
Le réseau électrique de l’Alberta est de loin le plus polluant au Canada; 59 % des réductions d’émissions réalisées en vertu du règlement fédéral proviendraient de cette province. Mais le protocole d’entente a créé une voie qui exempterait potentiellement l’Alberta de ce règlement.
L’entente prévoit la suspension immédiate du règlement en Alberta en attendant un nouvel accord sur la tarification du carbone. Un engagement vague et insusceptible d’application valable à l’égard de la carboneutralité d’ici 2050, comme semble le suggérer le protocole d’entente, ne serait pas un substitut efficace au règlement fédéral en Alberta, car ce dernier établit des exigences à compter de 2035.
La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, semblait dire, pendant quelques semaines avant la conclusion de l’entente, que la province obtiendrait une exemption pure et simple, tandis que la ministre fédérale de l’Environnement et des Changements climatiques, Julie Dabrusin, continuait de défendre le protocole d’entente, affirmant que le Règlement sur l’électricité propre était toujours applicable.
Alors, qui a raison? L’ancien ministre de l’Identité et de la Culture canadiennes, Steven Guilbeault, semble avoir clairement exprimé sa détermination en citant clairement cette trahison politique sur l’électricité propre dans sa lettre de démission. Il a souligné que 182 millions de tonnes d’émissions auraient été évitées et plus de 3 milliards de dollars auraient été économisés en soins de santé grâce au règlement.
Il est difficile de croire que le gouvernement de l’Alberta agira de bonne foi pour réduire les émissions du secteur de l’électricité, surtout considérant que la province a dépensé plus de 8 millions de dollars de fonds publics pour des publicités trompeuses attaquant le règlement et qu’elle a imposé des moratoires décourageant les investissements et d’autres obstacles aux énergies renouvelables.
Ce moment pourrait représenter le fond du baril pour la politique climatique au Canada.
L’Alberta conteste également le règlement devant la Cour d’appel de l’Alberta. La province annulera-t-elle la contestation maintenant qu’elle a ce qu’elle veut?
Le gouvernement fédéral semble prêt à annuler ou à retarder ses propres lois et règlements pour permettre la construction d’un nouveau pipeline de bitume. Qu’obtiendra-t-il en retour? Un plan visant à établir un plan pour réparer le système de tarification du carbone industriel défectueux de l’Alberta, et la condition qu’un projet de captage et de stockage du carbone de 16,5 milliards de dollars soit construit. Jusqu’à 60 % des coûts en capital de ce projet seraient couverts par les contribuables dans le cadre d’un crédit d’impôt fédéral.
Ce recul de l’action climatique s’ajoute à la position climatique actuelle, très lugubre, du Canada. En novembre, Climate Action Tracker a mis à jour la position climatique du Canada en la qualifiant de « très insuffisante » (source en anglais). Le Canada a également remporté le tristement célèbre prix « Fossile du jour » à la COP30, et le Bureau du directeur parlementaire du budget a déclaré que le Canada pourrait connaître un écart de 102 millions de tonnes d’émissions sous ses objectifs de 2030.
Pour utiliser une analogie avec le hockey, comme notre premier ministre aime le faire, nous devons patiner vers l’endroit où s’en va la rondelle, et non vers l’endroit où elle était jadis.
Comme les spécialistes l’ont régulièrement mentionné, l’avenir est électrique. Les énergies éolienne et solaire sont les formes d’électricité les moins chères de l’histoire, et pratiquement toutes les études de modélisation qui tiennent compte de l’électricité plus propre, de réseaux mieux connectés et d’une plus grande efficacité énergétique montrent que cette transition fera baisser le coût de l’énergie pour les ménages canadiens (source en anglais).
Il est encore temps pour le gouvernement fédéral de renouveler son engagement envers un avenir qui assure la durabilité du Canada. Un réseau électrique pancanadien est-ouest fait partie de cet avenir; un réseau qui crée des dizaines de milliers de bons emplois syndiqués et qui soutient des secteurs comme l’aluminium et l’acier. Un réseau qui permet d’économiser des milliards de dollars pour les soins de santé. Un réseau qui soutient et met en avant le leadership autochtone existant en matière d’électricité propre d’un océan à l’autre.
Le gouvernement fédéral a la possibilité de faire de meilleurs choix et d’agir pour les personnes aux prises avec les défis associés au coût de la vie et aux impacts climatiques croissants. Nous avons simplement besoin que le gouvernement délaisse les lobbyistes pétroliers et commence à bâtir le Canada auquel nous aspirons.