Annonce de la première conférence internationale sur l’abandon progressif des combustibles fossiles le 21 novembre 2025 lors de la COP30 à Belém, au Brésil. (Photo : Transition Away Conference)

Du 24 au 29 avril, les gouvernements colombien et néerlandais se réuniront à Santa Marta, en Colombie, pour la première conférence internationale consacrée à l’abandon progressif des combustibles fossiles. Ce rassemblement est un résultat direct de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) de 2025 qui s’est tenue au Brésil, où il a été impossible de progresser de façon significative sur la question de l’abandon progressif du pétrole et du gaz.

Il vise à retrouver l’élan en réunissant les gouvernements, les titulaires de droits autochtones et la société civile pour tracer des voies concrètes vers des économies renouvelables et régénératrices. Cet effort démontre également que de la réalité économique mondiale d’aujourd’hui, façonnée par la richesse grotesque des entreprises de combustibles fossiles et le mercantilisme guerrier, place les gens ordinaires face à des coûts croissants, à une instabilité politique et à une qualité de vie de plus en plus précaire.

Depuis plus de trois décennies, la coopération mondiale en matière de climat dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a été sapée par les retards, l’intrusion de l’industrie des combustibles fossiles dans les négociations et le refus persistant des états pétroliers de s’engager à un abandon progressif des combustibles fossiles (source en anglais). Ces dynamiques s’aggravent aujourd’hui dans un contexte d’instabilité géopolitique et de résurgence des gouvernements de droite. L’action climatique n’est plus simplement suspendue ou retardée; elle est activement inversée.

L’action climatique n’est plus simplement suspendue ou retardée; elle est activement inversée.

Au Canada, cette régression est flagrante. Le droit de l’environnement et les politiques climatiques sont de plus en plus souvent présentés non pas comme des protections pour garantir des communautés et des écosystèmes sains, mais comme des obstacles à la croissance économique et à la capacité des grandes entreprises à faire progresser leurs projets prioritaires. De nouveaux projets pétroliers et gaziers, y compris des pipelines, sont présentés comme étant d’« intérêt national » et peuvent être facilités par des réformes juridiques qui concentrent les pouvoirs décisionnels de l’exécutif tout en négligeant le contrôle démocratique et en minimisant les obligations climatiques internationales.

Le mouvement vers une transition juste au Canada, stimulé par des technologies améliorées et des coûts toujours plus bas et reflété dans des propositions maintenant abandonnées comme un plafond des émissions de pétrole et de gaz et des normes de transport propre renforcées, laisse place à une expansion renouvelée de la production de combustibles fossiles. Les raccourcis légaux promettent d’accélérer l’approbation des projets tout en réduisant les protections environnementales et en limitant la responsabilité du gouvernement, même si les risques liés au marché augmentent (sources en anglais).

Les conséquences sont particulièrement graves pour les peuples autochtones.

Les conséquences sont particulièrement graves pour les peuples autochtones. De nombreux projets de combustibles fossiles proposés ou en cours touchent des terres et des eaux non cédées, ce qui suscite de sérieuses inquiétudes quant à la violation des droits protégés par la Constitution et du principe du consentement préalable, libre et éclairé, tel qu’il est affirmé dans le droit international relatif aux droits de la personne (source en anglais). Ces populations porteront le fardeau d’infrastructures pétrolières et gazières abandonnées ou devront nettoyer un déversement de pétrole. Les approvisionnements locaux en protéines seront également menacés, car la pêche devra être arrêtée.

Ces projets développés au Canada sont renforcés par le droit économique international. Plusieurs accords de commerce et d’investissement signés par le Canada continuent de prioriser la protection des investisseurs, notamment par l’entremise de mécanismes de règlement des différends entre les investisseurs et les gouvernements qui permettent aux entreprises de contester les règlements d’intérêt public. Il en résulte un effet paralysant qui fait en sorte que les gouvernements font face à des risques financiers et juridiques lorsqu’ils tentent d’éliminer progressivement les combustibles fossiles (source en anglais). Les lois nationales qui accélèrent les projets signalent aux investisseurs une certaine stabilité, tandis que les accords internationaux rendent le renversement coûteux et complexe.

Ce déséquilibre entre le droit économique exécutoire et les engagements climatiques simplement théoriques est de plus en plus inacceptable. Ce récent avis consultatif de la Cour internationale de Justice souligne que les États ont des obligations contraignantes en matière de prévention des dommages climatiques. Respecter ces obligations ne se limite pas à fixer des objectifs; il faut démanteler les systèmes juridiques et économiques qui préconisent l’expansion des combustibles fossiles par défaut.

Dans ce contexte, Santa Marta représente un nouveau paradigme. Ce rassemblement reflète la reconnaissance croissante du fait que les forums fondés sur le consensus ne peuvent à eux seuls offrir la rapidité et l’ampleur requises pour ce changement.

Dans ce contexte, Santa Marta représente un nouveau paradigme. En réunissant une coalition d’états volontaires aux côtés de dirigeants autochtones et de communautés de première ligne, il crée un espace moins contraint par les conflits d’intérêts qui ont longtemps miné les négociations mondiales sur le climat. Ce rassemblement reflète la reconnaissance croissante du fait que les forums fondés sur le consensus ne peuvent à eux seuls offrir la rapidité et l’ampleur requises pour ce changement.

Ce qui en émerge est une forme de coopération ciblée, fondée sur la coalition et de portée plus réduite, mais potentiellement plus efficace. Ces « clubs » de parties prenantes ambitieuses peuvent aller plus vite, harmoniser les politiques dans tous les secteurs et commencer à remodeler les règles en matière de commerce et d’investissement pour soutenir l’action climatique au lieu de l’entraver. Ils offrent l’occasion de placer le leadership et les droits autochtones au centre de la conception des voies de transition, en veillant à ce que les solutions soient fondées sur la justice et la science.

Ils offrent l’occasion de placer le leadership et les droits autochtones au centre de la conception des voies de transition, en veillant à ce que les solutions soient fondées sur la justice et la science.

Les écarts entre ce que la science exige, ce que le droit international exige et ce que font les gouvernements continuent de se creuser. Au Canada et ailleurs, l’ambition climatique est en train de reculer tandis que l’espace démocratique se contracte. En ce moment, l’innovation et les expériences de coopération internationale sont nécessaires pour contrer la régression généralisée de l’action climatique et le rétrécissement de l’espace démocratique.