
Marche Chaque enfant compte à Montréal en 2025. (Photo : Laurence Bolduc / Fondation David Suzuki)
Depuis des années, un nombre croissant de leaders autochtones créent une voie vers de meilleures possibilités pour les jeunes générations.
Grâce à de nombreux nouveaux organismes et programmes, les jeunes autochtones du Québec ont maintenant accès à diverses ressources offertes par leurs communautés, écoles et Nations. Les clubs et les centres autochtones dans les villes et les écoles facilitent la transition de la communauté à la ville pour les études tout en permettant de trouver une certaine appartenance et un certain confort.
La Commission scolaire crie et le Centre d’éducation de Kahnawà:ke ont tous deux l’objectif de distribuer du financement aux élèves autochtones pour les études postsecondaires et d’offrir du soutien et des services. Offrant un accès facile à des conseillères et conseillers d’orientation, à de l’aide pour le financement et simplement à des espaces sûrs, ces programmes aident les élèves à profiter de chances égales en éducation et sur le marché du travail.
Cependant, les services publics destinés aux jeunes connaissent un recul plus important que jamais, et il est essentiel que les leaders politiques émergents soutiennent plus concrètement les jeunes autochtones. Les prochaines élections au Québec doivent également favoriser et prioriser les jeunes autochtones et leur avenir.
Les programmes de soutien aux jeunes autochtones sont essentiels au Québec, car d’importantes barrières linguistiques existent entre plusieurs communautés autochtones et les systèmes scolaires québécois. Selon Global News, un rapport de la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc indique que « les élèves autochtones, dont bon nombre ne parlent pas couramment le français, ne reçoivent pas un soutien suffisant, comme une formation linguistique, lors de leur transition entre une école de leur communauté et une école du réseau scolaire québécois » (source en anglais). Cette barrière linguistique réduit leur capacité à réussir.
Pour l’année académique 2022-2023, 10 % des élèves autochtones des écoles françaises ont reçu un soutien linguistique, par rapport à 46 % des élèves immigrant·es.
Toujours selon Global News, le rapport de Mme Leclerc note que « les sommes allouées par le ministère sont “infimes” pour le soutien linguistique aux élèves autochtones par rapport à ce que reçoivent les élèves issu·es de l’immigration. Pour l’année académique 2022-2023, 10 % des élèves autochtones des écoles françaises ont reçu un soutien linguistique, par rapport à 46 % des élèves immigrant·es. De plus, le gouvernement n’offre pas autant de soutien aux enfants qui passent d’une école de leur communauté à une école dans une ville, ce qui influence leur réussite et leur taux d’obtention de diplôme. Alison MacLeod, une étudiante autochtone qui termine sa maîtrise en anthropologie médicale, affirme que bien qu’elle aime son programme et la communauté qu’elle trouve à l’école, le fait d’être la seule étudiante des Premières Nations dans plusieurs de ses cours est difficile en raison des tensions qui se font sentir lorsque des sujets sensibles sont abordés en classe.
Selon le recensement de 2021 de Statistique Canada, un peu moins de la moitié (49,2 %) des Autochtones de 25 à 64 ans ont obtenu un diplôme postsecondaire, et les diplômes les plus obtenus sont un certificat ou un diplôme d’un collège, d’un cégep ou un autre certificat ou diplôme non universitaire. Le taux d’obtention d’un diplôme d’études postsecondaires était de 45,3 % pour les membres des Premières Nations, de 56,3 % pour les Métis et de 33,6 % pour les Inuits, comparativement à 68 % pour la population non autochtone. Ces statistiques soulignent l’écart persistant dans le niveau de scolarité entre les populations autochtones et non autochtones au Canada. Cet écart met en évidence des obstacles systémiques de longue date qui réduisent l’accès à l’éducation et aux possibilités pour les communautés autochtones.
Lorsque les jeunes voient des membres de leur famille poursuivre des études postsecondaires, l’éducation devient une voie réaliste et accessible dans leur tête.
Sarah Pash, présidente de la Commission scolaire crie de Chisasibi, au Québec, explique que « les connaissances statistiques sur l’obtention de diplômes d’études postsecondaires dans les familles [montrent] que les enfants de parents qui ont des diplômes postsecondaires sont plus de deux fois plus susceptibles d’atteindre des résultats similaires dans leur scolarité ». Elle souligne qu’un meilleur accès à l’enseignement supérieur a un impact générationnel au sein des familles et des communautés autochtones. Lorsque les jeunes voient des membres de leur famille poursuivre des études postsecondaires, l’éducation devient une voie réaliste et accessible dans leur tête.
De plus, de nombreuses communautés autochtones se trouvent en région éloignée, et cette réalité affecte grandement les taux d’obtention de diplômes en raison des difficultés possibles lors de la transition de vie majeure associée au déménagement pour des études postsecondaires. Statistique Canada note que « la proportion d’Autochtones titulaires d’un diplôme d’études postsecondaires était plus élevée dans les régions plus accessibles, les taux d’obtention d’un diplôme d’études postsecondaires diminuant généralement à mesure que les niveaux d’éloignement augmentent ». En 2021, 54,7 % des personnes autochtones vivant dans des régions facilement accessibles ont obtenu un diplôme postsecondaire, comparativement à 42,9 % de celles vivant dans des régions éloignées et à 27 % de celles vivant dans des régions très éloignées. Cela démontre comment l’isolement géographique perpétue les obstacles à l’enseignement supérieur.
Comme le rapporte CTV News, « de nombreux élèves autochtones commencent leurs études dans leur communauté et s’adaptent plus tard au système d’éducation du Québec. Selon la vérificatrice générale, sur 31 communautés des Premières Nations (autres que les Cris et les Naskapis), 23 ont une école, et l’éducation secondaire n’est pas offerte en entier dans huit d’entre elles » (source en anglais). Cela signifie qu’un grand nombre d’élèves doivent quitter leur communauté à un jeune âge pour poursuivre leurs études.
Ces défis montrent que l’un des principaux problèmes pour l’éducation des personnes autochtones est le manque de soutien, notamment l’aide financière, les ressources pour les transitions majeures comme le déménagement et le soutien linguistique et culturel au sein du système d’éducation.
Ces défis montrent que l’un des principaux problèmes pour l’éducation des personnes autochtones est le manque de soutien, notamment l’aide financière, les ressources pour les transitions majeures comme le déménagement et le soutien linguistique et culturel au sein du système d’éducation.
Mme MacLeod affirme que le financement de la Commission scolaire crie a été « une aide incroyable », mais on peut tout de même se sentir isolé·e lorsqu’on est l’un·e des rares élèves autochtones aux études supérieures dans une ville. En 2024, The Canadien Press rapportait que Mme Leclerc a affirmé que le gouvernement du Québec est conscient qu’il existe un écart important dans les taux de réussite scolaire entre les élèves autochtones et non autochtones depuis au moins 2005, mais il n’a pas réglé le problème de manière adéquate. Elle a également noté qu’en 2021, le Québec était la province canadienne qui affichait la proportion la plus élevée de personnes autochtones âgées de 25 à 34 ans ne détenant aucun diplôme ou certificat (source en anglais).
D’autre part, les initiatives d’éducation et la participation communautaires ont augmenté au fil des ans alors que les programmes continuent d’être élaborés, financés et améliorés. Il est important de reconnaître les années d’efforts investies dans ces initiatives et d’utiliser ces progrès comme source de motivation pour encourager les peuples autochtones à occuper des postes de leadership et d’autres postes influents.
La cheffe Irene Neeposh de la Première Nation Waswanipi déclare : « nous devons trouver des moyens d’encourager l’éducation des peuples autochtones, car nous cherchons un moyen de nous réapproprier la gouvernance. » Elle affirme que le système occidental ne soutient pas les élèves des communautés autochtones et qu’une compréhension des différentes façons de le faire est nécessaire pour façonner et développer un système qui fonctionne bien pour les élèves autochtones.
Il est temps de nous motiver les uns les autres et de trouver des solutions à ces problèmes. Le gouvernement du Québec, comme le reste du Canada, a besoin de nouvelles voix et de nouveaux leaders pour proposer des solutions, car ces questions mijotent depuis des décennies.
Il est temps de nous motiver les uns les autres et de trouver des solutions à ces problèmes. Le gouvernement du Québec, comme le reste du Canada, a besoin de nouvelles voix et de nouveaux leaders pour proposer des solutions, car ces questions mijotent depuis des décennies.
Il est primordial de reconnaître les organisations et les personnes qui déploient des efforts pour apporter des changements. La cheffe Neeposh croit qu’une meilleure communication et un meilleur encouragement peuvent aider les élèves autochtones à réaliser « qu’elles et ils ont la capacité d’acquérir les connaissances enseignées dans le système éducatif occidental. Cela peut prendre un peu plus de temps ou emprunter un parcours différent, mais ce n’est pas impossible. Si vous le voulez, vous pouvez le faire ». Il pourrait être tentant d’abandonner et de supposer que nos actions sont dénuées de sens avec tout ce qui se passe dans le monde, mais nous avons une chance d’agir différemment, d’agir mieux.
Les prochaines élections provinciales au Québec représentent une occasion importante pour les leaders politiques de démontrer qu’elles et ils souhaitent investir dans les jeunes autochtones et de montrer que les communautés autochtones ne sont pas séparées des sociétés que nous partageons et des terres sur lesquelles nous vivons, mais qu’elles font plutôt partie intégrante de celles-ci. Les gouvernements doivent prendre la responsabilité de gérer les défis sociaux, politiques et environnementaux qui touchent toutes les communautés, y compris les inégalités persistantes auxquelles les peuples autochtones sont confrontés.
Le taux de participation électorale des jeunes, en particulier des jeunes autochtones, demeure faible. Comme le rapporte Montreal CityNews, « les jeunes électrices et électeurs […] paraissent divisé·es. Certain·es disent que les pressions économiques pèsent plus lourd dans la balance que les questions constitutionnelles, tandis que d’autres ont salué le débat autour de l’identité et de la culture » (source en anglais). Les leaders politiques doivent faire preuve de transparence quant à leurs engagements et démontrer, au moyen de politiques concrètes, comment le soutien sera offert aux jeunes autochtones dans des domaines tels que les soins de santé, l’éducation, l’action climatique et les possibilités économiques.
Les obstacles auxquels les jeunes autochtones se heurtent en matière d’éducation et de leadership ne sont pas le résultat d’un manque de potentiel, mais plutôt d’inégalités systémiques. Malgré ces défis, plusieurs leaders autochtones soulignent l’importance de la persévérance et de l’éducation comme outils de changement.
Mme MacLeod encourage les élèves à « persévérer et à rester fort·es. Ça va être difficile. Vous pourriez faire face à de la discrimination. Vous évoluez dans un monde qui suppose que vous n’existez pas ou qui ne veut plus que vous existiez… et nous résistons à cela en continuant de s’éduquer ».
Continuer à s’éduquer, convoiter des postes de leadership et poursuivre l’engagement politique n’est pas seulement un objectif personnel; c’est une forme de résistance et d’autonomisation.
Continuer à s’éduquer, convoiter des postes de leadership et poursuivre l’engagement politique n’est pas seulement un objectif personnel; c’est une forme de résistance et d’autonomisation. Un soutien continu aux jeunes autochtones et des investissements significatifs du gouvernement dans leur avenir peuvent permettre à l’éducation de devenir une voie importante vers le renforcement des communautés et la création d’une société plus équitable.
Maya Jiyâmeyihtam Brousseau, collaboratrice à la Fondation David Suzuki
Maya Jiyâmeyihtam Brousseau (elle) est une étudiante de premier cycle d’origine crie et libanaise qui termine ses études à l’Université Concordia, avec spécialisation en sciences politiques. Ses racines familiales étant ancrées dans la première nation Waswanipi au Québec ainsi qu’à Beyrouth, au Liban, son objectif est façonné par son engagement à transmettre des perspectives nouvelles et diversifiées afin de sensibiliser les gens, mais aussi afin de poursuivre constamment son apprentissage. Son travail était auparavant axé sur les communications au sein d’organisations autochtones, comme Wachiya et le centre d’art daphne, et Maya a trouvé son inspiration dans la mobilisation communautaire. Dans ses collaborations avec le Concordian et la Fondation David Suzuki, elle met l’accent sur les enjeux autochtones et environnementaux, inspirant ainsi un fort désir de poursuivre cette écriture qui favorise la sensibilisation et amplifie les voix sous-représentées à un niveau professionnel.