Je suis récemment revenu d’une tournée dans 15 villes au cours de laquelle l’amour de ma vie, ma femme Tara Cullis, et moi avons présenté la pièce What You Won’t Do for Love. (Photo : Jennifer Roessler)

L’acteur Ethan Hawke est récemment devenu viral en raison de son interprétation de la vie : « La personne qui aime est toujours gagnante ». Plus je vieillis, plus je réalise à quel point l’amour est fondamental pour relever les défis collectifs auxquels nous faisons face.

Je suis récemment revenu d’une tournée dans 15 villes au cours de laquelle l’amour de ma vie, ma femme Tara Cullis, et moi avons présenté la pièce What You Won’t Do for Love (en anglais). Cette pièce célèbre l’amour pour nos familles, pour les autres et pour la planète. Elle explore comment tous ces éléments s’emmêlent alors que nous souhaitons que le cœur de nos petits-enfants batte au rythme de rivières, de forêts et d’océans sains, mais que tant de systèmes approchent de l’effondrement.

Lorsque je voyage au Canada et partout dans le monde, je suis frappé par la présence indéfectible d’organisations communautaires soutenues par des gens qui agissent collectivement pour protéger et défendre ce qu’ils aiment et qui ils aiment, que ce soient des gens, des lieux, des créatures ou des plantes.

Collectivement, nous partageons des idées et des visions renforçant la communauté, ce qui favorise la résilience.

Partout dans le monde, dans des endroits où les gens ont du mal à répondre à leurs besoins de base, des ateliers de réparation de vélos existent sur le bord de la route, portés par un amour du vélo. Les initiatives de conservation locales prospèrent, défendues par les adeptes des oiseaux et de la faune. Les jardins et les programmes de collecte de miel favorisent la sécurité alimentaire et sont fondés sur le plaisir de travailler avec nos mains et de regarder les êtres vivants prospérer.

Au cours de la tournée pour notre pièce, Tara et moi avons rencontré des activistes locaux qui, plutôt que de réagir aux crises actuelles en fuyant ou en figeant (ou en regardant leurs téléphones), choisissent plutôt de se battre pour les choses qui leur tiennent à cœur. Collectivement, nous partageons des idées et des visions renforçant la communauté, ce qui favorise la résilience.

Comme le dit Susanne Moser, climatologue et militante, ces activistes ne font pas que prendre soin des mondes qu’ils aiment; ils permettent aussi la survie : « Nous parlons toujours des trois F : combattre, fuir ou figer (fight, flight or freeze en anglais), mais il y en a un quatrième, et c’est celui qui nous a aidés à survivre. La formation de liens, ou la création d’amitiés. C’est ce qui nous permet de coopérer en tant qu’espèce et de reconnaître que c’est à notre avantage de travailler ensemble plutôt que chaque personne par elle-même. C’est de la biologie. C’est dans l’histoire génétique de notre espèce. Nous sommes ici parce que nous avons coopéré. Cela fait partie de nous » (source en anglais).

Les personnes qui défendent les territoires autochtones entretiennent des relations multigénérationnelles avec la terre; elles mettent donc leur corps en danger de manière disproportionnée pour protéger la nature lorsque les autres méthodes de défense ne fonctionnent pas.

Lors du Forum économique mondial de janvier à Davos, en Suisse, le premier ministre Mark Carney a parlé d’une rupture de l’ordre mondial. Quel meilleur moment pour se connecter les uns aux autres et reconstruire des systèmes plus juste écologiquement et socialement? Pour reprendre le « capitalisme désastreux » (disaster capitalism en anglais) de Naomi Klein et l’adapter à la situation actuelle, l’écrivaine Rebecca Solnit parle de « collectivisme désastreux » (disaster collectivism en anglais), c’est-à-dire « les sentiments d’immersion dans le moment et de solidarité avec les autres causés par la rupture de la vie quotidienne, une émotion plus grave que le bonheur, mais profondément positive » (sources en anglais). Pour que les changements systémiques demeurent, ils doivent être soutenus par les gens sur le terrain.

Les changements de politiques jouent également un rôle essentiel. Les campagnes locales de lutte contre les toxines touchent le voisinage et peut-être les municipalités, mais les interdictions provinciales incluses dans la loi multiplient considérablement l’impact. Ces lois peuvent toutefois être annulées. Si l’indignation du public n’est pas suffisante, les objectifs politiques qui ont pris des années à être atteints peuvent être effacés.

Les personnes qui défendent les territoires autochtones entretiennent des relations multigénérationnelles avec la terre; elles mettent donc leur corps en danger de manière disproportionnée pour protéger la nature lorsque les autres méthodes de défense ne fonctionnent pas.

L’amour est relationnel. Il suscite le désir de prendre soin et de donner un peu de nous-mêmes.

Les activités d’extraction et de développement qui nuisent à la nature sont souvent moins visibles pour la plupart des personnes vivant au Canada, c’est-à-dire les personnes vivant en milieu urbain. Il n’est pas juste de placer le fardeau de la défense du Nord canadien sur les épaules des peuples autochtones. Des politiques, des lois et des règlements sont nécessaires pour limiter et inverser les impacts écologiques de ces activités.

Sauf en ce qui concerne l’amour, presque toutes les initiatives activistes dont j’ai entendu parler étaient fondées sur la science, qu’elles soient sociales, occidentales ou autochtones. Après tout, la science est un moyen de tester des hypothèses pour comprendre comment le monde fonctionne, et les réparations qui sont nécessaires lorsque nos actions affaiblissent les mécanismes qui relient les systèmes naturels et sociaux.

L’amour est relationnel. Il suscite le désir de prendre soin et de donner un peu de nous-mêmes. Comme l’a dit Winston Churchill, « nous gagnons notre vie grâce à ce que nous recevons, mais nous créons notre vie grâce à ce que nous donnons ». Les gens ont différentes définitions pour le mot « gagner ». Le président des États-Unis a une notion tordue de ce mot. Mais je suis d’accord avec Ethan Hawke. Gagner, c’est être soutenu par l’amour, le donner en retour et le laisser guider nos actions.