Mais au-delà de l’économie, la nature fournit des services écosystémiques essentiels, notamment la régulation du climat, le stockage du carbone, l’atténuation des inondations, le filtrage de l’air et le soutien de la biodiversité.

Le Canada est parmi les pays les plus riches en ressources au monde. Quarante pour cent de ses terres sont couvertes de forêts. Il détient 20 % des réserves mondiales d’eau douce. C’est le quatrième principal exportateur de pétrole brut. Il produit plus de 60 minéraux et métaux et se classe parmi les cinq principaux producteurs pour 14 minéraux et métaux essentiels à la transition mondiale vers l’énergie propre.

Notre industrie des ressources naturelles est importante pour les communautés partout au pays et pour l’économie nationale. Mais au-delà de l’économie, la nature fournit des services écosystémiques essentiels, notamment la régulation du climat, le stockage du carbone, l’atténuation des inondations, le filtrage de l’air et le soutien de la biodiversité.

Mais à qui appartient cette industrie, et pourquoi n’en parlons-nous pas davantage?

On parle davantage de la façon dont les organisations qui tentent de protéger et de restaurer ces précieuses nécessités vitales, y compris la Fondation David Suzuki, sont « financées par l’étranger » (source en anglais). L’accusation (totalement fausse) est que les groupes environnementaux ignorent la souveraineté et mettent les intérêts externes en premier. Ces allégations ne sont pas fondées, mais elles ne sont pas surprenantes.

La propriété compte, tout comme la responsabilité à long terme qui en découle.

Ce qui est surprenant, c’est le manque de contrôle de la propriété étrangère des ressources naturelles de ce pays. Il est important de savoir qui possède et contrôle les richesses naturelles du Canada, car cela a des implications bien au-delà d’un bilan financier. Cela influence qui en profite et qui assume le risque dans un monde de plus en plus instable.

La part des actifs sous contrôle étranger en dehors du secteur financier est de 22,9 %. Dans l’industrie pétrolière et gazière, ce pourcentage atteint 33 %. Dans le secteur de la foresterie et de l’exploitation forestière, les entreprises sous contrôle étranger représentent jusqu’à 40 % des recettes, mais la responsabilité est difficile à attribuer en raison de l’absence de rapports transparents.

Les structures de propriété sont difficilement identifiables lorsque des entreprises portent des noms trompeurs comme « LNG Canada ». Cette dernière n’a aucune propriété canadienne, mais est une énorme coentreprise entre cinq multinationales, dont certaines sont publiques, comme PetroChina et Korea Gas Corporation.

Ce n’est pas un argument en faveur de la xénophobie ou de l’isolement économique. La participation du Canada aux marchés mondiaux est essentielle à son économie, car les entreprises étrangères apportent du capital et de l’expertise et emploient d’innombrables personnes qui vivent ici.

La propriété compte, tout comme la responsabilité à long terme qui en découle.

Les entreprises dont le siège social ne se trouve pas ici envoient plus de profits hors du pays; elles se préoccupent donc peu des conséquences écologiques de leurs actions et n’en assument pas la responsabilité.

Plus de la moitié des espèces sauvages du pays sont actuellement en déclin, principalement à cause de l’activité humaine.

Avec les changements climatiques qui intensifient les feux de forêt et les inondations, les gens au Canada se retrouvent à payer la facture. On estime que les impacts climatiques ralentissent la croissance économique du Canada de 25 milliards de dollars par année. L’an dernier, les pertes liées aux conditions météorologiques extrêmes ont dépassé les 2,4 milliards de dollars. Cela n’inclut pas le coût du nettoyage des incidents industriels comme les déversements de pétrole, la pollution atmosphérique et les puits abandonnés, qui perdurent longtemps après le départ des entreprises.

De plus, la perte et la fragmentation de l’habitat causées par l’activité industrielle menacent les espèces en péril. Plus de la moitié des espèces sauvages du pays sont actuellement en déclin, principalement à cause de l’activité humaine. L’activité industrielle modifie les écosystèmes; les conséquences seront subies pendant des générations par les communautés du Canada, et non par celles des pays d’où les entreprises concernées sont originaires.

Comment cela influence-t-il les Nations autochtones, dont les territoires abritent la plupart des ressources naturelles du Canada? Lorsque nous donnons la priorité aux entreprises multinationales plutôt qu’aux modèles d’intendance autochtones basés sur la responsabilité écologique et les avantages communautaires, nous empêchons la réconciliation et minons le potentiel pour un avenir durable.

Un candidat à la direction du parti conservateur de la Colombie-Britannique a récemment affirmé que Coastal First Nations est un groupe de défense financé par l’étranger et a suggéré qu’il interdirait les organisations financées par l’étranger qui tentent d’influencer la politique de la Colombie-Britannique (source en anglais). Réduire au silence les Nations autochtones en prétendant le faire pour la souveraineté tout en permettant aux multinationales de remodeler activement les décisions politiques et des écosystèmes entiers est hypocrite et beaucoup plus préoccupant. La souveraineté autochtone est essentielle parce que leur relation avec la nature est basée sur la réciprocité.

Si les personnes qui soutiennent l’industrie voient le prétendu financement étranger d’organisations environnementales comme une menace à la souveraineté, pourquoi la propriété étrangère des ressources naturelles du Canada ne sonne-t-elle pas la sonnette d’alarme?

La plupart des personnes vivant au Canada veulent que des limites soient appliquées à la propriété étrangère. Une enquête récente a révélé que près de 60 % d’entre elles croient que la propriété étrangère des minéraux essentiels du Canada constitue une menace plus grande que le fait de « rater des occasions de développement et d’emploi en raison d’un manque d’investissement » (source en anglais).

Pourquoi n’entendons-nous pas d’avertissements criants? Ou de critiques?

Si les personnes qui soutiennent l’industrie voient le prétendu financement étranger d’organisations environnementales comme une menace à la souveraineté, pourquoi la propriété étrangère des ressources naturelles du Canada ne sonne-t-elle pas la sonnette d’alarme? Les gens qui travaillent à la protection des écosystèmes posent-ils réellement un risque plus grand que les multinationales qui les extraient et en tirent profit?

La souveraineté ne peut être importante dans un contexte et être rejetée dans un autre.

Nous devrions poser les questions importantes : qui prend des décisions concernant la richesse naturelle du Canada, qui en bénéficie, et qui en subit les conséquences indésirables?