Jane Goodall au Forum économique mondial en 2019

Jane Goodall au Forum économique mondial en 2019. Nous devrions nous souvenir de Jane Goodall comme une scientifique et un moteur de changement.

Les écologistes du monde entier entrent dans la nouvelle année en ressentant le vide important laissé par la mort de Jane Goodall.

Mme Goodall militait sans cesse pour la protection de la faune et de ses habitats. Elle refusait de voir les chimpanzés comme des objets; elle les voyait plutôt comme des êtres semblables à nous. Ces derniers l’ont acceptée comme l’une des leurs, et elle a obtenu un accès incomparable à leur monde.

Mais son impact est beaucoup plus important. Ses découvertes ont contribué à détruire les divisions imposées entre les animaux humains et non humains. Les scientifiques croyaient depuis longtemps que seuls les humains utilisaient des outils. Lorsque Mme Goodall a observé des chimpanzés utilisant des bâtons pour aller chercher des termites dans le sol, son mentor Louis Leakey a envoyé un télégramme, déclarant : « nous devons maintenant redéfinir ce qu’est un outil, redéfinir ce qu’est un humain, ou accepter que les chimpanzés sont des humains » (sources en anglais).

L’option 2 a été retenue. Après que l’utilisation des outils par les chimpanzés eu été confirmée, les scientifiques ont proposé une nouvelle distinction : les animaux non humains peuvent utiliser des outils, mais ne peuvent pas les fabriquer.

L’empathie et la conscience de l’avenir ont également été réfutées comme étant caractéristiques de l’humain seulement.

Ce ne fut qu’une question de temps avant que des chimpanzés soient observés fabriquant des bâtons pour aller chercher les termites en en retirant l’écorce et en leur donnant une forme particulière. Les corneilles fabriquent des outils avec des feuilles, entre autres exemples. On a ensuite affirmé que seuls les humains possèdent ce que l’on nomme la culture, c’est-à-dire l’apprentissage social de génération en génération. Mais les suricates apprennent à chasser à leurs jeunes, et les troupeaux d’épaulards ont des stratégies de chasse et une organisation sociale propres à la région où ils se trouvent. La liste est longue (sources en anglais).

Le langage est considéré comme une ligne claire de distinction, mais des efforts sont continuellement en cours pour tenter de comprendre les codes d’autres créatures, comme les danses des abeilles qui permettent d’indiquer l’emplacement du pollen et les chants des baleines qui parcourent des kilomètres sous la surface de l’océan (sources en anglais). La syntaxe et la complexité du langage peuvent différer, mais la plupart des êtres vivants ont la capacité de communiquer.

L’idée que la conscience de soi est unique aux humains a également été rejetée à contrecœur après que de nombreuses espèces aient « réussi » le « test de reconnaissance de soi dans le miroir », à commencer par les chimpanzés en 1970 (sources en anglais).

L’empathie et la conscience de l’avenir ont également été réfutées comme étant caractéristiques de l’humain seulement. La plupart des gens qui ont un chien peuvent témoigner de l’empathie de leur compagnon pendant les périodes de tristesse et ont constaté l’excitation générée par une promenade imminente. La capacité de résoudre des problèmes, autrefois considérée comme unique à l’humain, a été observée chez les rats et d’autres espèces (source en anglais).

Les humains sont uniques. Tout comme les autres animaux. Le travail de Mme Goodall a fracassé la construction sociale voulant que les humains soient supérieurs à toutes les autres espèces.

Trois idées acceptées plaçant les humains au-dessus des autres animaux sont basées sur divers éléments : les capacités humaines à créer de l’art, développer la technologie et faire abstraction de soi.

Pourtant, le nid d’un oiseau jardinier ou un chant de baleine ne sont-ils pas des formes d’art? La technologie créée par les humains est stupéfiante; les technologies médicales nous donnent la capacité de sauver des vies et les technologies vertes nous permettent de capter l’énergie du soleil et du vent. Toutefois, certaines technologies, comme le moteur à combustion interne polluant et entraînant des modifications du climat ou une machine forestière capable de faire tomber plusieurs arbres en un seul passage, dévastent la planète dont nous dépendons. (Pendant ce temps, la technologie est également utilisée pour créer des véhicules pour quitter la planète si nous la détruisons.) Il peut être difficile de penser que nos prouesses technologiques ne démontrent que notre intelligence.

Quant à la capacité d’une espèce à faire abstraction d’elle-même, comment pouvons-nous savoir ce qui se passe dans l’esprit d’autres créatures alors que la plupart des études, contrairement à celles de Mme Goodall, impliquent de retirer des animaux de leur monde, de les placer dans des cages et de mesurer leur comportement par rapport aux normes applicables aux humains?

Les humains sont uniques. Tout comme les autres animaux. Le travail de Mme Goodall a fracassé la construction sociale voulant que les humains soient supérieurs à toutes les autres espèces. Nous avons tenté de la reconstruire depuis, car comment pourrions-nous justifier autrement la maltraitance massive que nous faisons subir aux autres animaux?

Nous devrions nous souvenir de Jane Goodall comme une scientifique et un moteur de changement.

En cette nouvelle année, nous avons besoin de déconstruire encore plus la pensée dominante. Les fissures laissent entrer la lumière. La science a démontré que nous sommes liés à tous les êtres vivants; nous faisons tous partie d’une branche sur un même arbre évolutif. Comme Barbara Noske le dit dans son livre Humans and Other Animals, nous devons admettre que la séparation entre nous et les autres animaux est horizontale et non verticale (source en anglais).

En 2020, le sénateur Murray Sinclair, aujourd’hui décédé, a présenté un projet de loi, la Loi de Jane Goodall, interdisant les formes courantes de captivité pour les éléphants et les grands singes (source en anglais). Le Sénat a adopté une version (projet de loi S-15) au cours de la dernière session du Parlement. Malheureusement, il n’a pas réussi à passer à la Chambre des communes avant les élections de 2025. Ce serait approprié d’honorer l’héritage de Mme Goodall en le réintroduisant et en faisant en sorte que le Parlement l’adopte enfin.

Nous devrions nous souvenir de Jane Goodall comme une scientifique et un moteur de changement. Espérons que 2026 offrira d’autres voix comme la sienne, empreintes de compassion, pour détruire les systèmes nocifs et créer un monde plus doux et plus sain pour les humains et nos confrères les animaux.